Deux cafés, l’addition : « Certains jours, c’est difficile d’être un humain » – Rencontre avec l’artiste Nicolas Grillet

Le concept « Deux cafés, l'addition » revient, un peu revisité, pour votre plus grand plaisir. Puisque je viens d'audacieusement canoniser cette chronique avec le mot « concept » et sous-entendu une forme de récurrence, je réexplique rapidement ce que c'est : « Deux cafés, l'addition » a pour objectif simple et chaleureux de partir à la rencontre des Lausannois qui ont un truc à dire et trois ronds en poche. Tout comme cette nouvelle trend des tickets de rationnement pour bébés, c'est rempli de bonnes intentions et nécessaire. Je te préviens que ça peut être toi la prochaine fois, et je le dis bien évidemment sur un ton parfaitement menaçant.

Pour cette édition, c’est Nicolas Grillet, artiste aux multi-talents, tellement multi que ça fiche des complexes, qui s’y colle. Nicolas est un artiste au goût geeko-fantasio-urbain. Il touche autant à l’illustration qu’à la sculpture, la photo, les décors ou encore la musique. Son univers bise souvent le fantastique, chérit à plein-temps l’obscur et le mystique, oscille entre ténèbres urbains, apocalypse avenante, entités gothiques et visions étranges. Malin et bien peigné, ce garçon tout juste trentenaire, timide et perçant n’a pas l’air très bruyant, et pourtant. Lausannois d’adoption depuis assez d’années pour qu’il hésite à compter sur ses doigts lorsqu’on lui pose la question, je l’ai rencontré comme un grand A la Bossette où il expose actuellement une sélection de ses dessins. Autour de plusieurs bières, on a discuté d’art, de Lausanne, d’aliens et de conquête du monde bien naturellement.

 

© Alex Berto

LBB : Sur ton art, Lausanne est plutôt inquisiteur sournois ou playgirl inspiratrice ?

Je saurai pas comparer à une autre ville, mais j’pense que c’est pas mal. Il y a des choses à voir, des endroits où montrer ses machins, et peut-être des gens pour les regarder aussi ! Mais j’suis certainement pas assez dans « le milieu » pour avoir une opinion là-dessus ! J’suis reconnaissant de pouvoir y vivre un peu à l’arrache, en gardant la tête hors de l’eau pour avoir assez de temps pour faire des machins. Ça serait peut-être plus compliqué à faire ailleurs.

LBB : Comme la poisse du « God hates us all » de Slayer sorti le 11 septembre 2001 ou simplement celle des Kennedy, raconte-moi ta pire expérience poisse à Lausanne.

C’est pas tant de la poisse qu’une naïveté de quelqu’un qui n’est pas très urbain, finalement. Un soir, en passant par la Rue de Bourg, je me fais alpaguer par un bonhomme avec un  « Salut. Ça va ? ». Moi, bêtement, je m’approche, et je lui réponds « Ça va, et toi ? ». Sans réponse, je lui demande si on se connait. Son mutisme me fera repartir avec une certaine incompréhension. En repassant plus tard régulièrement dans le coin, et en me faisant approcher par quelques autres personnages se souciant de mon bien-être du moment, je comprendrai finalement avoir fait connaissance avec les dealers de Lausanne. Certains jours, c’est difficile d’être un humain.

LBB : Dans un souci de faire une question « feel-good » qui fait toujours bonne impression, raconte-moi aussi ton plus beau souvenir plaisir lausannois.

Un soir, en rentrant de je ne sais plus d’où en passant par le Parc de Mon Repos, on entend un violoncelle vibrer quelques notes sublimes. En se rapprochant vers l’Amphithéâtre, on découvre qu’un spectacle de danse est en pleine répétition. Il devait y avoir dix personnes maximum, une lumière d’apocalypse, une danseuse et une violoncelliste au milieu. Un moment magique.

LBB : Quelle chanson t’inspire Lausanne quand tu prends le bus un lundi en fin d’après-midi ?

J’ai tendance à éviter le bus si je peux, mais Lost in Moments de Ulver commence agréablement une vadrouille en ville à mon goût. Sinon, n’importe quoi d’urbain qui couvre agréablement le bruit des gens et des voitures.

LBB : Quelle œuvre (livre, film, jeu) représente le mieux Lausanne ?

J’suis un bon geek, alors je trouve que le jeu vidéo Dark Souls en serait une belle représentation ! Un jeu labyrinthique et cryptique rempli de personnages étranges et incompréhensibles !

LBB : Voir des personnages inhabituels et allègres dans les rues lausannoises est plutôt un phénomène ordinaire. On pense au Monsieur qui porte une salade sur la tête ou encore celui qui t’interpelle pour te chanter du Placebo. Quel personnage typiquement Lausannois t’as le plus marqué ?

Un bonhomme à chapeau dans un train que je croisais souvent à Lausanne. Il haranguait les gens, se moquait de leurs vaines tentatives de faire comme s’il n’était pas là, de leurs mollesses en général. J’étais sur mon ordi et j’tentais d’assembler quelques bruits dans de vagues tentatives musicales récurrentes. Il m’a regardé d’un air complice en me glissant quelques mots de soutien. J’ai trouvé ça chouette.

LBB : En tant qu’émigré de Rolle, qu’est-ce que tes années passées à Lausanne t’ont appris ?

La ville, c’est la jungle !

LBB : Quelle Lausannerie ou quel trait lausanno-lausannois as-tu adopté ?

J’ai dû apprendre à feindre d’ignorer les gens à genoux, me suppliant d’une voix chantante de leur laisser des sous. Dur !

LBB : Si Lausanne était envahie par les aliens, ils iraient où pour boire une bière et négocier conquête ?

Oh ! Ils seraient perdus sur une place tellement il y a de bons endroits pour ça. Ils finiraient par se décider de tous les faire en une soirée, finiraient ivres mais joyeux, et se diraient qu’une joviale cohabitation serait sans doute plus profitable qu’une invasion radicale !

LBB : Si tu devais vendre Lausanne à ces mêmes aliens, quel serait le slogan ?

J’ferais un piètre publicitaire, mais je leur vanterais sans doute les contrastes de verticalité dans la ville ! On est toujours surpris par des chemins inattendus quand on se laisse s’y perdre !

LBB : Dans l’éventualité d’un cataclysme naturel ou cabalistique qui plongerait Lausanne dans un monde post-apocalyptique, quel endroit choisirais-tu pour établir ta Citadelle et entamer ton règne ? Et quel serait ta première initiative ?

La Cathédrale, en toute modestie ! Et je ferai en sorte d’inonder la ville pour que la Cité soit une île – on est post-apo ou on l’est pas ! Et le reste de la ville sous l’eau serait du plus bel effet !

LBB : L’emblème de Porrentruy est un cochon, Berne a son ours, Genève son aigle, quel animal sur le drapeau de Lausanne ?

J’avais pensé au cafard, bêtement, puis à l’éphémère. Finalement, une fourmi peut-être. Le travail, ça a l’air important ! Et puis elles font des ruches pleines de méandres aussi !

LBB : Tu as des œuvres lausanno-lausannoises ? Et si oui, tu me les montres ?

Ce que je dessine pour le fanzine Spring est probablement ce qu’il y a de plus lausannois !

LBB : Qu’est-ce que tu adores le plus à Lausanne ?

Les contrastes, en haut, en bas, vieux moderne, beau, moche.

LBB : Qu’est-ce qui t’agaces le plus à Lausanne ?

L’aspect moche sûrement.

LBB : Tu as une dernière anecdote incroyable à me raconter ?

Si les aliens viennent boire un verre, j’en aurai une !


 

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