Derrière la plume de Tiffany Jaquet

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Que se cache-t-il derrière un livre ? Une histoire ? Des personnages ? Des lieux mystérieux ? Ces réponses sont loin d'être suffisantes. Ce qu'on oublie parfois et même très vite lors de notre lecture, c'est que derrière tout roman se cache avant tout un écrivain.

Avez-vous déjà entendu un ou une auteur/e parler de son travail ? Si oui vous savez comme moi que la discussion recèle souvent un intérêt non négligeable. La cerise sur le gâteau, c’est quand vous avez la chance de vous entretenir directement avec la personne et que vous pouvez lui poser toutes les questions qui vous passent par la tête. Cette chance, je l’ai eu avec Tiffany Jaquet l’auteure de « L’Enfant du placard » dont je vous ai parlé dans un précédent article. Notre entrevue a durée presque deux heures, il me sera impossible de tout retranscrire, à la place, je vais plutôt vous dévoiler l’essentiel et le captivant ! Le choix a été difficile, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre une auteure pour parler de son premier roman.

Un été, une idée

Tiffany Jaquet fin prête pour rencontrer ses lecteurs.

Tiffany Jaquet écrit depuis longtemps, depuis toute petite en fait. Elle a commencé par un journal intime, puis elle s’est amusée à écrire plusieurs nouvelles. A de nombreuses reprises, elle s’est lancée dans l’écriture de différents romans, mais elle n’a jamais réussi à aller jusqu’au bout. Puis, un jour, elle a trouvé la bonne thématique et s’y est accrochée. Comme elle le dit elle-même : « L’important est d’avoir la bonne idée au bon moment ». C’est en faisant des recherches sur la naturalisation en Suisse, pour une nouvelle qu’elle souhaitait composer, qu’elle est tombée véritablement par hasard sur un reportage de la RTS intitulé « Les enfants du placard ». Cette émission narrait la vie des enfants d’immigrés italiens dans les années 60, obligés de vivre cachés pour pouvoir rester en Suisse avec leurs parents. Bouleversée par cette émission et tombant des nues face à ce sujet dont elle n’avait jamais entendu parler, elle pense immédiatement que ce thème peut faire une bonne trame pour un roman. Pour Tiffany, « on écrit les livres qu’on a envie de lire ». Le désir éveillé tout s’est alors très rapidement enchainé.

C’était l’été juste à la fin de ses études universitaires, elle avait deux mois devant elle et elle s’est lancée. L’idée du scénario s’est vite imposé, Tiffany savait où elle voulait en venir et à travaillé d’arrache pied. Elle a écrit à temps plein de 8h à 18h, assise à son bureau devant son ordinateur, le seul lieu qui pour elle allie concentration, réflexion et calme. Pour une fois, Tiffany n’a souffert d’aucune démotivation, elle était à fond du début à la fin. C’est seulement durant la phase de correction que son travail est devenu un peu plus « light » et que ses horaires se sont relâchés. Sa méthode d’écriture est restée exactement la même. Elle écrivait au fur et à mesure, chapitre par chapitre. Ce n’est que lorsqu’elle a eu terminé, que Tiffany est revenue parfois sur quelques détails et a procédé à un peu de «bricolage » afin que les dates et les âges correspondent. Une fois la trame de son histoire en tête, elle s’est efforcée à faire en sorte que chaque chapitre ait le même nombre de pages. Tiffany avait ainsi pratiquement dès le départ l’idée de la taille que son roman ferait. N’ayant souffert d’aucun problème de page blanche, « tout s’est assez bien emboité », dit-elle, son roman était achevé après ces deux mois estivaux intenses.

Une volonté et des sources

Tiffany ne voulait pas écrire simplement une histoire, elle voulait que celle-ci nous apprenne quelque chose, c’est pourquoi afin d’être au plus près de la réalité elle a utilisé plusieurs sources. Elle s’est principalement basée sur le reportage où de nombreux témoignages figurent, mais elle a aussi lu quelques livres et a beaucoup consulté les archives de la RTS qui fourmillent d’informations sur le sujet. Ses efforts ont porté leurs fruits, car depuis la publication de son roman elle a reçu des retours de différents lecteurs qui ont soit vécu une situation similaire, soit qui ont des connaissances (parents, amis) qui ont vécu cela. A chaque fois, ils la félicitent, car elle a su retranscrire une histoire correspondante à la réalité. Quant à la facette de l’apprentissage, cela a parfaitement fonctionné, car sans la lecture de ce roman je n’aurais probablement jamais découvert l’existence des enfants du placard, ce qui est peut-être aussi votre cas.

Pas d’histoire sans personnage

Le personnage qu’affectionne le plus Tiffany, est celui de Mme Gerbaut, propriétaire de l’Auberge Fleurie. « Quand je pense à Mme Gerbaut, je vois ma grand-maman. » explique-t-elle. Ce n’est pas un hasard, étant donné qu’elle s’en est inspirée pour créer son personnage. Le lien entre le personnage et sa grand-mère est d’autant plus fort que celle-ci est décédée durant l’été même où Tiffany s’est mise à écrire. C’est d’ailleurs en vidant ses affaires qu’elle a eu l’idée de la lettre qui allait mener Claire à partir à la recherche d’Enzo et de Tatiana. La majorité des personnages sont plus âgés que leur auteure, ce qu’elle explique ainsi : « Pour un premier roman, j’avais besoin d’une barrière entre moi et le personnage, pour ne pas trop m’impliquer. » Toutefois, elle s’est beaucoup inspirée de ses proches (parents, oncles, tantes, etc.), afin de rendre les personnages plus crédibles. Autrement, saviez-vous que le personnage de Martin, le documentaliste qui aide Claire dans ses recherches, n’était absolument pas prévu à la base ? Eh oui, il est apparu un peu par hasard et tombait finalement très bien.

Le précieux manuscrit !

La publication ? Toute une aventure !

Tiffany n’a jamais pensé être publiée, quand elle s’est retrouvée avec son premier manuscrit terminé elle a décidé de l’envoyer dans différentes maisons d’éditions : « Je voulais recevoir un avis professionnel sur mon écriture » avoue-t-elle. Elle a alors envoyé son roman sans rien dire a personne, tant elle avait peur que ce soit un échec. Autant l’écriture du livre avait été facile, autant l’attente de la réponse de l’éditeur fut difficile. Plus le temps passait, plus les doutes et l’idée que tous allaient détester prenaient de l’ampleur. Un soir, un mail de Plaisir de Lire est arrivé. La sensation qu’elle a ressenti en découvrant qu’elle allait être publiée fut incroyable. « J’ai sauté de joie et j’ai tout de suite été le dire à ma mère qui ne savait même pas que je l’avais envoyé ! » confie-t-elle.

Le titre est la propriété de l’éditeur, cependant, ils ont gardé celui qu’elle avait choisit. « C’est un peu un hommage au documentaire », de plus, c’est ainsi qu’on nommait les enfants des immigrés italiens de cette époque. « Si on connaît, on comprend tout de suite de quoi parle le livre, autrement cela donne un côté mystérieux. Même si cela peut-être à double tranchant. Certains pourraient penser à des enfants mal traités et reposer le livre. » Comme pour le titre, elle n’a pas pu réellement choisir la page de couverture. Ils lui ont tout de même fait deux propositions d’images, afin de connaître sa préférence, n’en ayant pas, elle a décidé de leur faire confiance.

Des émotions à foison

Écrire un livre c’est beaucoup d’émotions et lorsqu’on le tient enfin terminé et publié entre nos mains cela ne peut être qu’incroyable. Tiffany dévoile que la première fois où elle a pris le livre dans ses mains, c’était à la soirée de lancement de son roman. Des cartons remplis d’exemplaires étaient posés sur le sol, il y en avait tellement qu’elle se demandait qui allait bien pouvoir acheter tout ça. L’excitation du moment s’est vite dissipée, tellement elle était stressée par la soirée. Elle en garde d’ailleurs très peu de souvenirs.

Le plus difficile dans l’aventure de « L’Enfant du placard » fut pour son auteur l’attente avant sa publication. Trois-quatre ans ont passés entre le oui de la maison d’édition et la parution du roman. Ne publiant que six à sept romans par années, le planning de Plaisir de lire était déjà bien rempli. Par moment, Tiffany pensait que son livre ne verrait jamais le jour.

L’écriture de son roman a été forte en émotions. Deux mois de travail intense de la sorte, elle n’a jamais revécu ça depuis. « Le thème était tellement touchant et bouleversant que ça m’a emporté. » Cette aventure lui a aussi permis de faire beaucoup de rencontres. Elle ajoute : « Cela fait bientôt une année et demi qu’il est sorti et il continue à vivre au travers d’articles, d’interviews, le salon du livre… » Tiffany est très touchée par les témoignages qu’elle a reçus de ses lecteurs, tous on fait preuve de gentillesse à son égard. Certains lecteurs sont revenus avec des anecdotes de leur passé, des gens lui ont même dit qu’ils avaient pleuré à la lecture de son ouvrage. « Ces rencontres sont des moments de partage d’émotions incroyables. » Quand à ceux qui n’ont pas apprécié le livre, ils ont tous fait des remarques constructives sans aucune vilénie.

Envie de retenter l’aventure ?

Et bien oui ! Elle a même un scoop à nous partager puisque son deuxième roman est maintenant en phase de relecture et de correction ! Elle ne sait pas encore sa date de publication, mais il paraîtra lui aussi aux éditions lausannoises Plaisir de lire. Le roman sera complètement différent, autant au niveau du style que des personnages et de l’histoire. Cette fois-ci, il sera un petit peu plus autobiographique, car l’histoire prend place dans une école. Pour en savoir plus, il faudra attendre sa sortie…

Un conseil de lecture en attendant le grand jour ? « Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay. « J’ai adoré ce livre, je pense que c’est la première fois que j’ai pleuré en lisant un roman » avoue Tiffany. Cela lui a tellement plus, qu’elle a ensuite acheté tous les autres livres de l’écrivaine.

La Place de la Palud qu’affectionne particulièrement notre auteure.

Et Lausanne dans tout ça ?

La majorité du récit se déroule à Lausanne, ce qui n’est pas sans raison. « Le contexte historique a fait qu’il y avait beaucoup d’immigrés à Lausanne et dans les grandes villes. C’est aussi plus simple d’écrire sur un lieu qu’on connaît bien et Lausanne est la ville romande que je connais le mieux. » explique Tiffany. Lausanne n’est pas qu’une ville pour l’auteure, c’est aussi un lieu chargé d’histoire et de souvenirs. Il y a deux choses qu’elle aime par dessus tout dans cette ville : le quartier « vieille ville », ce qu’elle a fait ressortir dans son récit en situant l’Auberge Fleurie vers la Place de la Palud, et son magnifique campus universitaire avec le lac juste à côté. Toutefois, n’étant pas « une citadine pur jus » elle préfère habiter dans une plus petite ville comme Morges, plutôt que de vivre dans le chef lieu du canton. Un mot pour qualifier Lausanne ? « Ouf ! ».

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