Déçu en bien

Posté dans : Au quartier, Culture | 2
Hier soir avait lieu la première du spectactle « Les Fils Gillégitimes » par Déroute Chronique, qui reprend le répertoire de Jean Villard Gilles dans une représentation musico-théâtrale. Impressions.
Les Fils Gillégitimes
Les Fils Gillégitimes

Jean Villard Gilles, pour la plupart d’entre nous, c’est La Venoge (On a un bien beau canton…). Pour moi, c’était aussi L’enseigne de la fille sans coeur, apprise à l’école, rendue célèbre par Edith Piaf et Les trois cloches que mes parents écoutaient volontiers le dimanche à la maison. Parce que oui, excusez du peu, mais au cas où vous ne le sauriez pas, ce Monsieur Gilles, rondouillard rigolard, le Vaudois qui a si bien saisi les Vaudois, a connu le succès à Paris et écrit pour Piaf. Georges Brassens a d’ailleurs dit de lui : “On peut dire que Gilles est un des ancêtres des auteurs-compositeurs d’aujourd’hui parce que c’est lui qui le premier et surtout à une époque où cela ne se faisait pas du tout a délibérément écrit de bonnes chansons. Il a fait confiance au public.”

C’était un peu le Roger Federer de son époque, le porte-drapeau helvétique qui a réussi à faire connaître notre pays. Main sur le torse, hymne national.

Bon, voilà, ça vous situe un peu le bonhomme. Mais venons-en au spectacle.

On y arrive. Avant la représentation, une dame est venue discuter avec nous : elle s’est présentée comme la mère d’un des trois lurons (si c’est pas vrai c’est vraiment un super plan com’…), nous a appris qu’ils étaient amis depuis le gymnase et que c’était leur première production en public. Bon, en fait d’après leur site ouèbe, on dirait qu’ils ont déjà tourné avec leur ancien groupe, mais que c’est leur première fois qu’ils ne sont plus qu’un trio, du quatuor qu’ils étaient.

Bon d’accord, mais le spectacle ?

Oui, oui, doucement, une dernière chose. En introduction, Les Fils Gillégitimes ont demandé à un représentant de la Fondation Jean Villard Gilles de les présenter en quelques mots. Il nous apprend donc que Brassens tenait Gilles en haute estime et que ces Fils Gillégitimes ne sont sans doute pas si illégitimes que ça. Il nous prévient aussi que si on est venu écouter la Venoge avec un gros accent du coin, on va être déçu. Effectivement. Mais en bien.

Il me faut cette litote toute vaudoise pour décrire mon impression générale : j’ai été déçu en bien. A priori, sur le papier, j’étais intéressé, sans forcément m’attendre à grand’chose. Un peu comme vous en ce moment qui avez lu jusqu’ici et qui avez levé un sourcil quand j’ai abordé Federer et l’hymne national. Du coup, j’y suis allé sans trop d’attentes et j’ai été déçu en bien. Les trois membres de Déroute Chronique reprennent l’œuvre de Gilles sans complexe, avec un immense amour pour les textes et en reprenant la musique à leur compte. Et ils nous emmènent découvrir que les textes de Gilles n’ont pas vieilli d’un iota (malgré leurs 40 à 80 ans quand même !), tout en donnant un coup de jeune à l’orchestration. Résultat : on ne s’ennuie jamais. Leur maîtrise des instruments et des voix est plus qu’agréable (entendez par là que moi qui suis un peu profane ai été impressionné), mais c’est en plus accompagné d’une mise en scène qui sert tout à fait le propos : c’est dynamique, fun, et on fait même participer le public à un canon. Une projection vidéo qui sent bon le home-made analogique (des bubulles, de l’eau, des liquides et des solides colorés filmés et retravaillés…) alterne avec les moments où les trois comparses font le show (scansion/rap, planche à lessive, duos et trios tragicomiques…). La mise en scène (Alain Borek) sert d’ailleurs bien le propos. Finalement, on se rend compte qu’on ne connaît pas grand’chose à l’oeuvre de Gilles, mais leur énergie nous communique leur amour de l’œuvre…

Pour accompagner tout cela, un public enthousiaste qui participe volontiers et qui en redemande ! On se demande d’ailleurs ce qui compose ce public : une habitante du quartier, qui m’accompagne (coucou Manman !!!) s’étonne de ne reconnaître que peu de gens du quartier. On aurait pu s’attendre à une moyenne d’âge de l’ordre des 80 à 120 ans mais il n’en est rien : les cheveux blancs et l’odeur de naphtaline sont là, mais les boutonneux-ses aussi. Un public éclectique donc, pour assister à ce spectacle si entraînant.

A la fin de la représentation, on sort avec les sourire en chantonnant ces vieilles chansons apprises à l’école, et on se dit que ma foi, on a été déçu en bien. Et puis Manman m’accuse de lui avoir emprunté son coffret Jean Villard Gilles et de ne pas le lui avoir rendu Pas de fâcherie, ne vous en faites pas, mais une envie de réécouter Gilles. On a un bien beau canton, tout ça…

Pour vous faire une idée, leur vidéo de promo’ :

[youtube]http://youtu.be/aaTbw_FeP08[/youtube]

 

Déroute Chronique est composé de Pierre Deveaud, Adrien Knecht et Sylvain Rütti.
Les Fils Gillégitimes sera présenté à la Maison de quartier de Chailly ce soir (30.11.13), ainsi que vendredi et samedi prochains (les 6 et 7.11.13)
Leur site
Leur page Facebook
La page ‘réservation’ du site de la Maison de quartier de Chailly
Le site de la Fondation Jean Villard Gilles

2 réponses

  1. Pierre Deveaud
    | Répondre

    Salut,
    Merci beaucoup pour ce super article!
    Pierrot

  2. Joël
    Joël
    | Répondre

    Salut,

    Bah de rien, merci à vous pour ce bon moment et ce commentaire !

    A bientôt peut-être !

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