De la critique sociale… à l’exil en campagne.

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Marie Cornut, artiste lausannoise, expose ses œuvres dès le 26 mars, à l'espace de la boutique Cardas à la rue de Bourg.

Licenciée en Sciences Sociales à l’Université de Lausanne en 2009, Marie explore en peinture des thématiques qui l’ont interpellée tout au long de ses études. Cette série de tableaux colorée, grinçante parfois humoristique ne peut vous laisser indifférent. Après ces longues années de labeur, elle part voyager pendant deux mois ; une sorte de pèlerinage sur la route de Compostelle. Elle redécouvre la nature ; une nature qui lui inspire la deuxième série de tableaux qu’elle exposera et qui s’intitule “Trêve”. Le LausanneBondyBlog vous fait découvrir les inspirations de cette jeune artiste. 

– La question bateau : depuis quand peins-tu ? 

M.C : A l’école évidemment puis au cours de dessin au collège. Le prof nous avait proposé de faire des copies d’un Monnet. Et je me suis éclatée à les réaliser. C’était la première fois que je pouvais faire des grands formats. C’était un réel exercice, pas toujours évident. Pour faire l’eau, par exemple… il faut vraiment plein de nuances. A la fin de l’année, on a eu une vente des tableaux des élèves. Mon père voulait absolument acheter mon tableau aux enchères. Il est monté jusqu’à 300 frs. C’est cool, il l’a eu longtemps au mur. 

– Quand as-tu commencé plus sérieusement ?

Ca dépend surtout des moments. A des périodes, j’ai pas eu forcément l’occasion. J’ai fait le gymnase artistique. On avait accès à un labo photo. J’ai aimé découvrir aussi la photo. Mes premiers tableaux ont été surtout inspirés de mes voyages notamment au Gabon. Je peignais des masques africains. Je faisais un gros plan de masque. Je mettais beaucoup de couleurs, c’est ce qui me plaisait. Au lieu d’acheter un cadeau aux gens, je leur donnais un tableau. J’aime apporter de la couleur aux gens. 

– Quand as-tu pu peindre plus régulièrement ?

Pendant l’uni, j’avais moins de temps. J’ai toujours continué à faire des bijoux mais des toiles moins. Quand je n’ai plus eu de cours, j’ai repris la peinture. Il fallait faire quelque chose de tout ce que j’avais ingurgité pendant des années d’études. En sciences sociales, on apprend à quel point tout est moche. Ce fut une grosse désillusion. Plusieurs cours m’ont révoltée, émotionnée ou chamboulée. On nous apprend à tout déconstruire, à trouver les trucs foireux dans tout. Mais finalement on nous donne peu de solutions. On nous dit qu’il n’y a rien qui fonctionne, que tout est une grosse arnaque. A Lausanne, c’est très gaucho ; une critique générale du système capitaliste. Si je ne voulais pas devenir dépressive… il fallait retranscrire tout ça en couleurs, en y rajoutant un peu d’humour ! Dans le travail académique, ll y a beaucoup de règles. Là j’ai pu y mettre des couleurs. J’ai pu faire ça en peinture et être plus libre. J’ai voulu sublimer tout ça. J’ai simplement voulu prendre ce côté triste et pouvoir en faire quelque chose d’un peu plus gai. 

-Et c’est ta première expo ?

Disons que j’ai fait une première expo dans notre ancien atelier à Renens en 2007. C’était plus avec nos potes quand même. Mais ce fut une première bonne expérience. Il y a eu beaucoup de monde ; les gens étaient bien intéressés. Cela m’a permis de voir ce qui fonctionnait. Par exemple, la toile que j’ai vendue faisait l’unanimité ; c’est celle qui était la plus aboutie, celle où j’avais passé le plus d’heures. C’était cool d’avoir une reconnaissance. 


-Parle-nous de l’intitulé de la première série : critique sociale?

J’ai un tableau qui s’appelle la mort sociale. Il représente des squelettes avec de petits panneaux autour du cou. Il parle de certaines de ces catégories de personnes oubliées. Les NEM, par exemple, sont une catégorie de non droit… On fait tout pour qu’ils n existent pas. Un autre tableau représente un homme qui se fait presser sur un presse-citron et qui vomit des dollars. Celui-là fait référence au cours de sociologie du travail que j’ai pu avoir mais aussi à l’actualité ; sans forcément être à l’uni, t’es touché par ce qu’il se passe dans la société. Je veux parler de mon temps. Mes peintures, c’est mon quotidien aussi, comme pour tous les artistes. Avant l’uni, mes inspirations étaient plus personnelles. Avec l’uni, j’ai eu d’autres thématiques. Il y avait un côté un peu glauque, j’ai eu besoin de faire une pause avec tout ça. 

J’ai déménagé à la campagne. En plus, le fait d’être enceinte a influencé aussi… C’est vrai que quand t’as la vie en toi t’as plus envie de peindre des têtes de mort ! Comme exercice personnel je voulais faire autre chose. Un des nouveaux tableaux de la série “Trêve” représente la lune, je l’ai faite en la regardant depuis mon balcon ; mais ça a été assez difficile, il a fallu progresser, j’ai failli le brûler ! Il fallait que cela ressemble à la lune !! Cela donne un peu de baume au cœur, même si la beauté c’est relatif. Mais c’est bien de toucher à quelque chose de plus beau.  

-Et ce titre Trêve?

Après la peinture critique, j’avais besoin d’une peinture qui me nourrisse l’âme. J’ai passé deux mois dans la nature avec mon copain. Ce voyage, un périple de 800 kilomètres à pied a coïncidé avec la fin de ses études. J’ai été touchée par les nuances, par la lumière qu’il y a dans une forêt ou sur une pierre. Récemment j’ai fait un trip photos sur les écorces d’arbres, par exemple. J’ai eu envie de faire une série sur ça.  

Pour le titre “Trêve” : cela exprimait vraiment une pause avec le côté pesant des peintures critiques qui avaient ce côté un peu gore et puis j’avais simplement envie de rêver. J’ai eu besoin d’aller explorer ce domaine du rêve. Quand on regarde une lune, une rivière on peut s’imaginer des petites fées ou des petits lutins qui traversent la rivière, par exemple.

Le but fut de retrouver une sorte de paix. Cette série c’était pour faire une trêve au quotidien. Il est important de savoir s’arrêter, de regarder une rivière, écouter le vent. Faire une pause devant ces cadeaux de la terre, sans que la main de l’Homme soit venue la transformer. Cette pause est une chose difficile à faire aujourd’hui. Ce voyage à pied m’a fait reprendre conscience des distances réelles. Cela donne un autre rapport au temps. Quand tu peux faire une distance en avion ou en train, c’est à dix minutes… alors qu’il te faut toute une journée à pied ! On a pu s’arrêter pendant deux mois et aller à ce rythme naturel. C’était hyper décalé avec ce qui est habituel. 

Je voudrais ajouter enfin que la peinture, pour moi, fait partie d’une façon de vivre mon quotidien. Je sais pas ce que je ferai sans ça. Le fait qu’il n’y ait rien et qu’après il y ait un bijou ou une sculpture ou une peinture qui existe, c’est toujours incroyable. Cela me permet de voyager dans ma tête et c’est la seule activité où je ne vois pas du tout les heures passer ! Par exemple, je suis en train de faire une peinture sur le métro ; j’étais dans le M2 et je me disais que les gens étaient gris.  Pouvoir fixer une image et l’imaginer en peinture, explorer mon imaginaire, c’est ça qui m’intéresse… !

Pour découvrir les tableaux de Marie, passez au caveau de la boutique Cardas à la rue de Bourg 19. (vendredi 26, samedi 27 et mercredi 31 mars).

Info sur: http://www.facebook.com/?sk=messages&tid=349407851068#!/event.php?eid=352759994756&ref=mf

D’autres de ses oeuvres sont exposées au café la coccinelle à Lausanne. 

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