De King Kong au féminisme, il n’y a qu’un pas.

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La semaine passée, je suis allée voir l'adaptation du livre de Virginie Despentes, King Kong Théorie, à l'Arsenic. La découverte du texte me fit l'effet d'un coup de poing. Dommage que la mise en scène soit quasi absente.

Il y a deux semaines, je reçois un whatsapp de Mathilde : « Eh, on va voir King Kong Théorie ? ». Euh. J’ai juste vu les affiches, je connais Virginie Despentes de nom. « Quoi ? T’as pas lu le livre ? On y va ! ». Ma curiosité titillée, je réserve mon billet pour le spectacle à l’Arsenic.

Affiche de l'Arsenic
Affiche de l’Arsenic

Le jour dit c’est sans aucune attente que mes pas me conduisent dans le quartier de Sévelin. Mathilde se réjouit de retrouver ces mots qui lui ont tant parlé. On arrive pas trop en avance, le temps d’acheter nos billets et d’observer les gens qui nous entourent. Public essentiellement composé de hipsters, de trentenaires trendy, mais aussi, et ça me surprend, d’adolescentes. Ainsi Virginie Despentes semble être une figure du temps actuel, pensée qui me sera confirmée durant le spectacle. Peut-être est-ce dû à l’adaptation d’un de ses livres en film en 2012 ? Ou à la lettre qu’elle a rédigé à l’attention de l’ancien premier ministre français, Lionel Jospin, qui avait tenu des propos homophobes ? En tout cas, le texte est aussi mis en scène dans un théâtre parisien actuellement.

Pour ne rien rater de l’expérience, on décide de se mettre au premier rang. Personne devant nous mais un mec qui n’arrête pas de bouger derrière nous (Serait-il mal à l’aise ?) : on peut pas tout avoir… Entrée en scène de la première comédienne-danseuse, Géraldine Chollet, dans un silence presque parfait (les gargouillis de ventre sont inévitables lorsque le spectacle se déroule à 19h…). La mise en scène est épurée. Pas de musique, pas de décors, léger jeu de lumière. Cette première partie est touchante. En vrac sont abordés la peur de l’échec, de ne pas y arriver, l’espoir et le désespoir. Le témoignage d’une femme ordinaire qui finit, à la quarantaine, par toucher ses rêves. Un parcours de vie qui se révèle être une introduction pour entrer dans le vif du sujet. C’est alors la deuxième comédienne, Julie Perazzini, qui entre en scène et qui se lance dans un monologue de plus d’une heure. Monologue durant lequel, de nombreux passages du livre de King Kong Théorie sont déclamés (c’est pour ça qu’on était venus quand même, non ?).

A travers la voix de Julia Perazzini, le texte de Virginie Despentes m’a été offert sur un plateau. Ce fut une bombe. La première chose que je me suis demandée est comment j’avais pu passer à côté de ce livre pendant si longtemps. Le féminisme y est abordé d’une façon claire et juste. C’est à dire comme une question de société et pas comme une guerre entre les hommes et les femmes. Si les femmes sont victimes de diktats de la société, les hommes aussi. Les anti-féministes ont autant un problème avec une femme qui demande l’équité des salaires qu’avec un homme qui pleure en public.

Pas toujours facile d’entendre les mots crus et tranchant de Despentes, surtout quand il s’agit de viol. Mais encore une fois, des mots qui résonnent ; à force d’accabler les femmes par leur rôle à tenir en cas de viol – celui de victime qui ne s’en remettra jamais – on oublie que c’est un traumatisme avec lequel on peut quand même avancer dans la vie sans pour autant dénigrer son impact.

Face à cette découverte littéraire, mon cerveau bouillonne mais une pensée plus terre-à-terre me trotte tout au long du spectacle : je serais bien mieux dans mon lit à écouter le livre sur mon iPod. En effet, la mise en scène est très peu en lien avec la force des mots de Despentes. Quelques jeux de lumières vers la fin mais au final pas quelque chose qui frappe. On finit par fermer les yeux, s’enfoncer dans son fauteuil et écouter Julia Perazzini nous conter le livre.

A la sortie de la pièce, Mathilde est aussi mitigée que moi sur la mise en scène. Heureuse d’avoir redécouvert King Kong Théorie et d’avoir comblé une lacune dans ma culture sur le féminisme, elle aurait préféré être sous les couvertures avec un thé à écouter le livre audio.

2 réponses

  1. Piera
    | Répondre

    Bonjour,
    Merci pour votre article.
    Cela dit je trouve très dommage ce que vous dites sur l’idée de préférer écouter ce texte SEULE chez soi sous des couvertures.
    Que la mise en scène ne vous plaise pas, c’est une histoire de goût et vous faites bien de le dire. Je doute vraiment que l’on puisse dire qu’elle soit absente étant donné que ce que vous avez sous les yeux ce soir là n’est que le résulta d’une succession de choix. Mais je tenais à dire que ce qui m’a paru beau est justement tout le contraire. J’ai eu un grand sentiment de communion ce soir-là, qui est une des valeurs premières du théâtres je pense, se réunir, tous autour d’un même texte, l’écouter au même endroit, au même moment et le recevoir en même temps, hommes et femmes réunis. C’est peut être la chose la plus forte que j’en retiens. Voilà, j’avais juste envie de le partager également. Belle journée.

    • Cécile
      Cécile
      | Répondre

      Bonjour!
      Je vous remercie pour votre commentaire. Je n’avais pas pensé à l’idée de partager ce texte ensemble. De ce point de vue, cela renforce la force du texte. Par contre je n’ai ressenti aucune communion autour de ce texte quand je suis allée voir la représentation. Peut-être cela dépend il aussi du public. Quoiqu’il en soit je vous remercie de votre remarque qui me fait voir cette pièce sous un autre angle encore.

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