Corn Flakes et sexualité

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Illustration de l'absurdité du puritanisme victorien

L’heure est matinale, le réveil-matin tonitruant, la lèvre bouffie, les yeux gonflés de sommeil, l’haleine digne du chacal, le crâne parfois carré dans le fion, l’on se lève avec grande peine pour entamer une nouvelle journée de travail, qui, inéluctablement, s’avérera d’une transcendante platitude. Au moment du petit-déjeuner, n’ayant ni le loisir ni la fantaisie d’hésiter entre la version continentale ou anglo-saxonne du repas susmentionné, l’on se tourne généralement vers la solution de facilité : les corn flakes, ces familiers flocons de maïs grillés, qui, agrémentés de lait et d’une cuillère, s’avèrent constituer une entrée en matière plus que prosaïque pour une journée sans surprise.

Néanmoins, à y regarder de plus près, ou du moins de manière plus attentive, ces sympathiques flocons de maïs, baignant nonchalamment dans le laitage pasteurisé, sont porteurs d’une histoire des plus passionnantes. Plus que cela, ils sont le véritable symbole de la société victorienne du 19e siècle.

En effet, pour la petite histoire, les corn flakes furent inventés par John Harvey Kellogg en 1894, et commercialisés par le frère de ce dernier, Will Keith Kellogg, dès le début du vingtième siècle (d’où la fameuse signature). John Harvey, fervent adepte de l’Eglise adventiste du 7e Jour et figure emblématique du puritanisme ambiant de l’époque, souscrivait sans ambages à la « théorie de l’abstinence sexuelle ». Pour lui, l’activité sexuelle était la cause principale de la dégénérescence de la civilisation humaine et les différents maux pouvant affecter le corps humain s’expliquaient facilement par une inclinaison trop importante aux plaisirs de la chair. Dès lors, il préconisait les méthodes les plus expéditives pour parer à toute forme de pratique sexuelle ; concernant la masturbation par exemple, il recommandait chez les garçons la circoncision sans anesthésie « dont la courte douleur [occasionnée] aurait un effet salutaire sur l’esprit » ; chez les filles, l’application d’acide carbolique sur le clitoris constituerait « un excellent moyen de prévenir toute excitation anormale.

Etoffant sa théorie de l’abstinence sexuelle, John Harvey Kellogg affirma également qu’un mauvais régime alimentaire, et en particulier un régime carné, jouait un rôle déterminant sur le réveil des passions animales et des envies libidineuses. En effet, la consommation de viande, favorisant l’augmentation locale de la circulation sanguine, aurait eu une conséquence directe sur l’excitation et la réactivité des organes génitaux.

A fortiori, l’on peut facilement imaginer quelles motivations pouvaient agiter notre cher John Harvey lorsque celui-ci s’évertuait à mettre au point les flocons de maïs qui se retrouvent aujourd’hui si souvent au menu de nos petits-déjeuners. Luttant contre le démon du vice et la noirceur de la tentation charnelle, il cherchait à pourvoir l’humanité d’un bouclier diététique d’origine végétale permettant de prémunir cette dernière contre les comportements licencieux entraînés par la consommation d’aliments carnés.

Vous l’aurez compris, les corn flakes ne peuvent être réduits au statut de simples et anodins flocons de maïs ! Visant littéralement à sauver l’humanité de la décadence et à la détourner de ses incessantes obsessions fornicatrices, les corn flakes avaient pour effet recherché de jouer le rôle d’anti-aphrodisiaque. Dans un monde marqué par les souillures cyprinales, les dépravations orgiaques et les rapports oraux-génitaux de masse, ces humbles pétales de maïs grillés permettaient d’accéder à l’ataraxie vaginale et la sérénité testiculaire.

Dès lors, avant de considérer l’alternative du viagra en cas de trouble de la performance sexuelle, songez à vous remémorer le contenu de votre petit-déjeuner ; le tigre est en vous ? Pas si sûr… 

Francis

 

 

Francis Luong

  1. mbsee
    | Répondre

     Jetez vos cornflakes aux orties, et hop – plus besoin de petites pilules bleues, hm?
    C’est plus économique il me semble.

     

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