Comment je me suis retrouvé dans un trafic de voitures à Crissier

Posté dans : Au quartier | 2
Il y a des jours où la fiction devient réalité. Le récit de mes premiers pas dans le business caché des voitures en pièces détachées.

Tel un journaliste d’M6, la caméra cachée en prime, je me suis pris, le temps d’une soirée, pour l’un  des “infiltrés”. C’est pourtant tout naïvement que j’ai sombré, un mercredi soir, dans les méandres d’un supposé trafic de voitures en pièces détachées. Les premiers faits remontent il y a deux mois. Tout comme moi, n’avez-vous pas été interpellé ou intrigué par ces petites cartes de visites délicatement posées sur les pare-brises des voitures de votre quartier? Avec pour seul message, orthographe en prime, les lignes suivantes: Bonjour, votre voiture m’intéresse. Si vous désirez la vendre dans l’état actuel (aujourd’hui ou plus tard) appelez moi S.V.P. Je me réjoui de votre appel. Prix interéssats – Paiemement Cash Immédiat. Si vous désirez débarassé de votre voiture c’est gratuit

Intrigué, j’en parle à un pote, qui en a reçu une sur sa bagnole. Visiblement, il est vexé. C’est clair que sa benz n’est pas une BMW, mais bon “elle roule encore”. Apparemment, la Renault 19, 1986 est l’objet d’un p’tit business. Je flaire le sujet et j’appelle. Un mec me répond. Pas le temps de parler, il enchaîne les questions: “Marque, année, kilométrage, climatisation, auto-radio et… combien vous en voulez?” Ok Ok, ”tranquille le chat. J’sais pas moi, disons 500 balles.” Pas moyen: ”On file 200 au grand maximum.” “Ouais euh ok!” Je lui propose que l’on se rencontre: “D’abord, vous envoyez la carte grise par email et ensuite on se voit pour vous en débarasser.” Ca me va. J’fais le nécessaire et pas de réponses à mon email. Dix jours plus tard, je rappelle, pas de réponses. J’laisse tomber l’affaire jusqu’à ce fameux mardi 14 octobre. 

Rien à voir, mais je dois déjeuner avec une copine… blablabla et puis elle me dit: “T’sais Mehdi, j’ai enfin trouvé le moyen de refiler ma voiture pourrie.” “Quoi, les ptites cartes?” “Ouais”. Du pain béni. Ce sujet je le veux, ce sujet je l’aurai. Je lui dit: “Téléphone, prends rendez-vous et je me pointe avec toi.” Yes, rendez-vous est pris pour le mercredi suivant. Le jour J, cette copine vient me chercher à la gare de Renens. Pluie battante, température polaire, je me réchauffe tant bien que mal au souffle de sa Citroën de 1995. Peine perdue. Elle est vraiment pourrie sa caisse. L’heure est grave. Elle me dit que le mec qu’elle devait voir pour sa bagnole ne viendra pas. Bizarre! Elle me dit qu’on doit mettre la bête dans une aire industrielle derrière une station service de Crissier sur les coups de 19h. Les mecs, deux frères, lui ont filé le code du cadenas. Bizarre, bizarre.

Et la thune? Nada, Niet! “A cause de la crise, le prix de la feraille a flambé, selon eux. On vous débarasse de votre voiture mais gratos.” Ok Ok et vu l’état du truc, ça va aussi. En bonne investigatrice, cette copine se renseigne chez un garagiste du coin: “Ouais, ouais, vous savez m’dame, depuis la crise on doit raquer. Y a trois mois, pour une tonne de feraille, on gagnait 100 balles. Aujourd’hui, on en gagne 30.” Bref, pour envoyer ta caisse à la casse, tu dois aujourd’hui payer. C’est le garagiste qui le dit et la crise aussi. Résultat des courses: pas de thunes et pas d’interlocuteur. On commence à se faire des films. J’adore.

Sur les coups de 19h, à Crissier, nous voilà à la fameuse station service. Derrière, l’aire industrielle. Il pleut toujours autant, le ciel s’obscurcit. Je suis en plein délire: “Et si ces mecs étaient des truants?” Un p’tit café au comptoir et je pose des questions à la caissière qui nous répond: “oui, oui, si vous êtes l’une de ces personnes qui déposent les voitures, c’est derrière que ça se passe. Mais on n’en sait pas plus.” Cette copine insiste pour que l’un des mecs (un des deux frères avec qui on avait rendez-vous, ndlr.) soit présent. La caissière téléphone pour elle. Une discussion des plus hypothétique s’en suit. C’est bref, expéditif et pas plus de renseignements. Le copain de cette copine arrive (alerté par les faits qui sont entrain de se tramer)…….. vous suivez? On sort. Derrière nous, deux mecs dans une voiture nous observent. Hey hey hey, on redouble de paranoïa. Quoi que.

On se dépêche de poser la voiture, d’enlever les plaques et on part. La nuit tombe. Bouhouhou! Eux, ils sont toujours là. Cette copine téléphone à son contact. Dans la fameuse voiture garée à côté de nous, le téléphone sonne. C’est eux! On met les gaz. Eux aussi. Depuis, plus de nouvelle de cette copine ni de la voiture qui plus est. Parano, vous avez dit parano?

Mehdi

2 Responses

  1. mafiosi
    | Répondre

    Bienvenu dans la mafia lausannoise? J’ai moi-même été tenté de filer ma voiture après avoir reçu l’une de ces petites cartes. Sur la mienne, c’était visiblement pour l’exportation. Pas de réponses non plus à mes appels. Au verso de la carte, c’était le texte en Suisse Allemand. Je crois qu’on a affaire à une vaste réseau organisé.

  2. mehdi_atmani
    | Répondre

    Deux jours après les faits, cette amie m’a donné de ses nouvelles. Elle a toute ces dents. Me voilà rassuré et vous aussi par la même occasion.

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