ciao.ch, info et prévention au bout d’un clic

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Aujourd’hui, le LBB s’aventure dans le virtuel en rencontrant une collaboratrice du site ciao.ch, la plateforme qui répond, notamment, aux questions que peuvent se poser les ados. Oui oui, toutes les questions… Amour, travail, religion, bien-être, sexualités. Le service est anonyme et gratuit, et son succès tient de l’information fournie par des professionnels romands.  

CIAO, cela vient de « Centre d’Information Assisté par Ordinateur », une association créée 1994 qui souhaite contribuer au bien-être des jeunes romands de 11 à 20 ans. L’idée, ancrée dans les nouvelles technologies, est passée par le Vidéotex (vous vous rappelez ?). De nos jours, c’est un site web, ciao.ch donc, qui est surtout connu comme un site d’information et de question-réponses. Le site est divisé en plusieurs thématiques, toujours traitées en lien avec ce groupe disparate qu’est « les jeunes ». Le terrain des sujets est vaste, et on y trouve, en vrac, stress, drogues, violences, formation, religion, argent, santé… L’information y est présentée de plusieurs manières : des sous-thèmes, des tests, des jeux, des dossiers. L’information est là, mais l’outil est devenu tentaculaire, au fil du temps et des ajouts, il fallait s’y attendre. Et oui, la mission d’information et de diffusion auprès des jeunes est elle aussi monstrueuse. Cette démarche de prévention touche à tout est touffue, et Marjory Winkler en parle avec passion et conviction. Elle fait partie de la petite équipe qui coordonne le projet depuis Lausanne et s’occupe en particulier des aspects techniques.

 

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Les thématiques des questions posées par les ados sur ciao.ch

 

24h/24h

La présence virtuelle de CIAO, est un vrai atout pour la plateforme. La gratuité et l’anonymat du service sont bien sûr des facteurs de succès, mais dans un monde qui bouge, c’est l’accessibilité 24 heures sur 24 qui fait mouche. L’équipe de CIAO rencontre en effet régulièrement des jeunes romands pour comprendre leurs besoins et leurs habitudes. Et ces jeunes disent apprécier le fait de pouvoir poser une question quand elle survient, dans l’immédiateté.

La question de la concurrence entre les prestations locales et virtuelles est donc naïve : CIAO peut fournir des informations de qualité en se basant sur un dense réseau de professionnels. Ces derniers travaillent pour des institutions de la place. A Lausanne, il y a des répondants qui interviennent depuis Tel me, Profa, Addiction Suisse, l’Association Anorexie Boulimie (ABA), Jet Service, pour ne citer que les plus connus. En pratique, un jeune pose une question qui est transmise à un professionnel du sujet et qui lui répond dans les 48 heures, grâce à un système de permanence.

CIAO s’inscrit aussi dans la localité grâce à l’outil de recherche des adresses « Près de chez toi », et des liens vers les associations du coin qui sont toujours rappelés sur le site web, mais aussi dans les réponses proposées lorsqu’une consultation est conseillée.

 

Petite île dans l’océan d’Internet

En discutant avec Marjory, je découvre que CIAO fait office de petite île d’information fiable dans l’océan qu’est internet. Comme évoqué en début d’entretien, les jeunes romands peuvent trouver l’information dont ils ont besoin sur un site dont la qualité est garantie. Mais qu’en est-il d’un ado marocain qui s’interroge sur son homosexualité ? Le virtuel lui permet d’accéder à un espace de liberté, même si celui-ci est hébergé en Suisse. Les visites et les questions émanent donc de partout. Un défi supplémentaire pour les professionnels-répondants qui essaient de rediriger les jeunes vers des structures locales. 

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Variations des problématiques

Le type des problématiques varient en partie en fonction de leur provenance, mais Marjory remarque également un clivage ville-campagne. En campagne, la question du harcèlement à l’école est par exemple moins présente. Son analyse présume que les jeunes qui vivent en campagne font partie d’un tissu social plus rapproché, et que le fait que « tout le monde se connaisse » aide à désamorcer les situations de harcèlement. Une différenciation est également observable entre les questions des étudiants et des apprentis. Ces derniers sont souvent confrontés à des questions de gestion de budget et d’indépendance financière (partielle) de leurs parents, alors qu’ils sont encore mineurs par exemple. CIAO prône en général le dialogue avec les parents, pour que ceux-ci puissent mieux comprendre leurs chérubins. L’exemple des jeux-vidéos, souvent mal compris par les ainés, invite en effet à la mise en place d’un dialogue : expliquer qu’il est impoli de quitter une partie qui bat son plein quand on joue connecté avec une équipe de plusieurs joueurs. Dans certains autres cas, où la violence est présente et que le dialogue est rompu, les jeunes sont incités à rencontrer des professionnels qui peuvent les aider.

 

Grandir avec son public

En 2016, le paysage du web n’est plus le même qu’il y a 5 ans en arrière. Les acteurs sont de moins en moins nombreux et beaucoup du temps de navigation est consacré aux réseaux sociaux, qui rassemblent beaucoup de contenus dans un circuit presque fermé. Le site ciao.ch est plutôt conçu comme une bulle à part, où l’interaction se fait encore à l’ancienne, anonyme et sous pseudo.

Le site de CIAO va donc devoir évoluer. Cela tombe bien, un nouveau site est en préparation. Le principe est le même, mais en se créant un compte, le ciaonaute pourra agrémenter son profil de « points ». Le but est de rendre l’apprentissage plus ludique, sur le principe de la ludification. Cette nouvelle vision permettra peut-être d’attendre la parité. En effet, les usagers du site web sont pour l’instant majoritairement des filles, mais l’interactivité des quiz est connue pour davantage attirer les utilisateurs masculins.

La question des réseaux sociaux n’est pas simple. A l’heure actuelle, la page Facebook de CIAO renvoie vers le site grâce à des gifs plutôt bien trouvés. L’interactivité inhérente à ces espaces n’est pourtant pas propice à l’anonymat et les questions-réponses restent sur le site dédié. Il est également envisagé de développer les canaux Instagram et Snapchat, même si les ressources pour le faire font actuellement défaut. 

CIAO est une ressource précieuse qui permet d’éviter les travers « à la doctissimo » où tout un chacun peut revêtir une blouse blanche pour donner des conseils plutôt douteux. Les questions des jeunes sont probablement infinies et pouvoir y apporter un réponse adéquate, personnalisée, est un luxe salutaire. L’association CIAO qui vit de subventions ne pourrait que s’améliorer en ayant plus de ressources. Mais en attendant, ils abattent un sacré boulot.

 

Quelques liens pour poursuivre : 

 

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