« Chéri : dans notre valise, je peux mettre ma vie aussi ? »

Posté dans : Société | 4
Une vie qui équivaut à un voyage perpétuel, la valise toujours prête et un monde tout entier à portée de main. Etre femme d’expat ok, mais… quel est le prix à payer pour avoir accès à cette cage dorée ? J’en ai rencontrées quelques unes; depuis, je me dis que leur place coûte cher.

  Accepter une vie qui ne tolère aucune routine, un quotidien fait de longs moments de solitude et des journées qui parsemées d’obstacles ressemblent plus à des combats qu’à des promenades de plaisir. Voici ce qui en partie, compose le fabuleux monde des femmes d’expat. Elles sont nombreuses, souvent anonymes. Des milliers de femmes qui chaque jour acceptent de tout quitter, d’abandonner toutes certitudes afin de permettre à leur moitié d’accomplir ses devoirs professionnels et de poursuivre ses rêves. Leurs rêves elles, ceux qu’elles cultivaient depuis longtemps, elles décident de les ranger au fond d’un tiroir pour ne jamais faire d’ombre ou pire, limiter celui qu’elles ont choisi de suivre.

Ces femmes, ces mères et épouses connaissent au quotidien les difficultés les plus élémentaires liées à l’intégration et se confrontent aux mille problèmes que peut engendrer l’installation dans un nouveau pays. En effet, pendant que leurs maris ou compagnons vivent une intégration facilitée par l’ambiance internationale qui les entourent au boulot et le statut de prestige lié à la position d’expat, elles, en revanche font face à beaucoup plus d’obstacles. Loin de leur famille et de leur culture, dans un pays qui vit de règles prononcées dans une langue qu’elles ne comprennent pas… ces femmes, se retrouvent seules la plupart du temps. Difficile alors de trouver des repères, de se faire de nouveaux amis ou d’envisager une nouvelle carrière.

Les cours de français auxquels elles ont droit (gentiment offerts par la multinationale vénérée) suffisent tout juste à leur permettre de faire leurs courses seules. Et là encore, la télé est bien plus instructive. Pour celles qui ont de la chance, elles réussissent à composer un petit groupe de « femmes d’expat » afin de se retrouver pour discuter de leur situation. Pour parler des prochaines vacances à organiser, pour se consulter sur la meilleure école INT (internationale) où envoyer leurs enfants ou encore pour disserter sur la destination qu’il faudrait choisir la prochaine fois. Enfin, choisir ou plutôt conseiller à leur moitié. Les difficultés ne sont que rarement admises à la table des conversations, il ne s’agit en effet pas ici d’ennuyer les autres avec des broutilles. Il est bien plus passionnant de parler de l’or qui les entoure sans mentionner qu’il peut parfois se présenter sous forme de barreaux.

Elles se retrouvent « entre elles » comme si l’unique accès à la société qu’elles pouvaient avoir était lié à leur mariage, comme si juste à côté de leurs rêves, dans le fameux tiroir, elles avaient fini par déposer leur vie toute entière.

En ce qui concerne les enfants, les choses sont loin d’être simples. Il est fort probable que ces derniers ne parlent pas tous le même langage à l’école (si nés dans des pays différents à plusieurs années d’intervalle). Ainsi la langue maternelle, uniquement parlée à l’intérieur de la famille nucléaire, devient le seul moyen pour les parents et les enfants de communiquer. Alors que la langue du pays dans lequel ils vivent est une autre et que souvent, plusieurs membres de la famille ne la parlent pas. 

Le destin de ces femmes est lié aux décisions des multinationales, elles sont les piliers dans l’ombre d’une organisation qui ne pourrait finalement pas aussi bien fonctionner si elles n’y apportaient pas leur contribution. Malgré cela elles n’ont pourtant pas droit à une grande considération. Dans la majorité des cas, aucune structure qui sache les épauler pour les premiers pas dans un nouveau pays n’est mise à leur disposition, aucun mode d’emploi et encore moins de marche à suivre pour que l’intégration se fasse au mieux.

Bien que le fait de changer de décors très souvent et de partir à la rencontre de nouvelles cultures soit une chance infinie, il n’en reste pas moins que les conditions des femmes d’expatriés ne sont pas toujours toutes roses. Des mesures d’accompagnement et des structures d’aide à l’intégration paraissent primordiales pour que tous (multinationale la première) puissent réellement profiter d’une telle expérience.     

 

Elisa

4 Responses

  1. Nath
    | Répondre
    Bien que tout à fait d’accord avec les inconvénients cités, il manque les avantages!

    Etant fille d’expat (je suis née et j’ai vécu 6 ans à Bangkok, puis 4 ans à Singapour) je trouve que cette expérience est aussi très enrichissante. On est confronté à des cultures totalement différentes de celle de nos parents. J’étais dans des écoles anglaises, je parlais français à la maison et petite je parlais encore le thaïlandais. Dans un monde où la globalisation est de plus en plus présente, je pense qu’avoir été expat est une chance car cela m’a appris à être ouverte au monde qui m’entoure, à faire face au changement et à la nouveauté et à être plus tolérante envers les autres.

    Ma mère, qui a effectivement laissé en Suisse son travail, ses amis, sa famille…, a beaucoup aimé ces années en Asie. Avant ma naissance, mes parents avaient habité 2 ans à Hong Kong. 
    Elle a dû se refaire un cercle, ce qui ne se fait pas sans effort ni sans peine. Il faut trouver des activités qui permettent de recontrer des femmes en dehors des autres mamans à l’école et les femmes des collègues du mari. A Bangkok, elle a dû apprendre la langue pour pouvoir être indépendante. Elle a aussi acheté une voiture pour ne pas dépendre du chauffeur de l’entreprise! Et tout ceci est à recommencer à chaque nouvelle location…

    Même si certains expats ne s’intègrent pas aux pays dans lesquels ils vivent, par manque de temps ou d’envie, ce n’est pas le cas de tout le monde!

  2. tombombadilom
    | Répondre

    Je vais pleurer
    Avec les payes qu’ils se font, les expats…

    Personne n’oblige ces femmes à renoncer à leur carrière pour suivre leur mari, si le boulot de leurs maris ne leur plait pas, elles peuvent toujours divorcer… Mais difficile de se défaire d’un mari qui gagne si bien sa vie…

    Et l’amour dans tout ça… des chaînes aux pieds

  3. Nova
    | Répondre

    Ah! la vie de misère des desesperate housewives!
    Vous avez une vision caricaturale et misérabiliste d’un milieu socio-économique plutôt enviable… J’ai hâte de vous lire votre analyse sur la difficulté de trouver un petit personnel fiable de nos jours.

  4. jojolangelot
    | Répondre

    Allez, on commence par le vif du sujet : c’est vraiment l’apanage des femmes d’expats de souffrir d’être des femmes au foyer sans prestige, sans contact avec l’extérieur, sans suffisamment d’aide à la socialisation, à l’apprentissage de la langue ?

    Parce que faut pas déconner, c’est mimi la migration des nantis, mais celle des autres (les anéantis ?), c’est pareil mais avec vachement moins de soutien, rarement voire pas du tout de cours de la langue du pays d’accueil et l’obligation d’accepter des tas de jobs pas toujours rigolos. Il y a en plus l’échec scolaire des gamins qui ne sont pas plus aidés que les parents, des logements pas forcément plus rigolos que les jobs, l’intolérance locale, parce que non, c’est pas prestigieux pour tout le monde, la migration. Si on ajoute à ça, le bruit et l’odeur

    Non, en fait la migration d’expats, c’est une migration de chanceux à qui on offre beaucoup de choses. Le problème des femmes d’expats, c’est d’être des “femmes de”. Ah et des femmes aussi, dans un monde qui ne le pardonne pas.

    Mais j’attends avec impatience l’article sur les femmes expats, celles qui suivent pas mais sont suivies, et peut-être aussi celui sur les femmes migrantes aussi, mais pauvres…

    Peut-être, finalement, que ton article soulève juste, mais alors sans y toucher et sans le dire, le paradoxe du bobo ? Mais alors pourquoi le planter dans un cadre exotique quelconque ?

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