Changer de vie grâce au gymnase du soir

Posté dans : Société 11
Sacha était employé de commerce depuis sa sortie de scolarité obligatoire. A vingt-cinq ans, mu par un désir profond de changement et d’évolution, il entame les fameux cours du soir de la rue de la Mercerie Lausannoise.

Une soif d’apprendre et une motivation en béton armé lui ont permis de déplacer des montagnes ; non content d’avoir obtenu son ticket d’entrée à l’Université en deux ans grâce au préalable SSP, il est aujourd’hui diplômé en psychologie et brillant doctorant, tout en poursuivant également un chemin de clinicien en tant que thérapeute de couples. En plus, ayant gardé des liens très forts avec les personnes qui ont enrichi son parcours de vie durant le gymnase du soir, il y enseigne depuis peu le français et la philo, deux soirs par semaine. La boucle est bouclée… un exemple inspirant pour quiconque sait au plus profond de lui-même que « quand on veut, on peut ». Interview.

Ton entrée au gymnase du soir, ça remonte à quand ? Quel âge avais-tu ?

Ca remonte à neuf ans en arrière, j’avais vingt-cinq ans. Cette expérience a représenté une telle révolution dans ma vie que la question de la temporalité est particulière. J’ai vraiment l’impression que c’était hier et en même temps il y a tellement de chemin parcouru.

Qu’est ce qui a motivé ta décision de démarrer des études universitaires ?

Une impulsion qui était le réveil du petit garçon qui rêvait à ça depuis longtemps. J’ai décidé ça sur un coup de tête et j’ai tout changé dans ma vie : travail, sorties, hobbies.Mais aujourd’hui je vois plutôt cette impulsion comme le fruit d’un long processus, pas forcément conscient.

Qu’est-ce que cette expérience t’a appris ?

Que la connaissance constitue une réelle forme d’émancipation intellectuelle et sociale. A peine commencé, le savoir était devenu pour moi un but en soi, en laissant de côté l’objectif universitaire. J’ai aussi appris que l’opiniâtreté pouvait donner de magnifiques fruits.

Qu’est ce qu’elle t’a apporté que tu n’avais pas avant ?

On peut vraiment parler de métamorphose : à travers toutes ces connaissances, à travers les pensées des philosophes et autres grands penseurs littéraires, c’était aussi moi que j’apprenais à visiter et revisiter. C’est un dialogue fascinant et qui prend toute son ampleur quand on sent son esprit critique se développer au gré des discussions et des lectures.

Aujourd’hui, as-tu réalisé les projets que tu avais en tête à l’époque où tu as commencé ?

Oui. Mais je m’en suis construit d’autres, qui se sont rapidement imposés comme des évidences. J’évoquerais surtout mon projet de thèse de Doctorat en psychologie, qui est pour moi un prolongement presque naturel de toute cette aventure et qui pourrait me permettre de contribuer aux réflexions contemporaines, en l’occurrence en psychologie du développement. Ça n’est pas toujours facile car j’ai choisi de ne pas choisir entre la psy clinique et la recherche. Affaire à suivre.

Conseillerais-tu l’expérience à d’autres gens ?

Bien sûr. Je l’ai déjà fait. Mais je suis conscient que ce que j’ai vécu est singulier et prend sonsens dans mon parcours de vie. Je reste donc modéré dans mes conseils : ce n’est pas forcément la voie d’épanouissement pour tout le monde. 

Penses-tu que l’accès au gymnase du soir nécessite des prérecquis, si oui lesquels ?

Je mettrais surtout en avant des prérecquis de motivation. Il faut imaginer ce que cela représente comme sacrifices, comme investissement en temps. Ça ne manque pas d’avoir un impact sur notre entourage et il vaut mieux que celui-ci soit compréhensif. Mais ce qui compte le plus est l’envie de changement, qu’il soit professionnel ou existentiel. 

Gab

11 Responses

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    Tine
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    Quel bel article, ça m’a collé une larme émue. Passe une bonne journée, tcha!

  2. Avatar
    Rouliette
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    Hé mais je le connais! On a travaillé ensemble à la Landi de Cossonay à côté de nos études! C’est vrai qu’il a un parcours incroyable et surtout admirable. Moi je dis bravo Sacha…et aussi à l’auteure de l’article bien sûr 😉

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    laurent_opoix
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    J’ai bien aimé cet article. Bravo !
    Cette institution est vraiment une bonne chose.
    Sauf qu’il y a un hic.
    Le mode de sélection des adhésions se plante complètement. C’est une machine rouillée qui élimine sur des préjugés.
    Tout est à revoir de ce côté là.

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      Gab
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       Laurent, qu’entends-tu par là exactement? Je ne suis pas certaine de te comprendre.

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        laurent_opoix
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        Gab,
        Je ne remets pas en cause l’institution ni ton article excellent et ton interlocuteur qui déchire dans ces réponses.
        J’envoie une pique contre le comité qui statue sur les adhésions. Parce que pour la démarche d’admission il faut passer par une personne qui travaille si je me souviens à l’office d’orientation professionnelle. Tu la vois une fois 40 minutes à tout casser et ensuite c’est elle qui va présenter ta candidature devant le comité d’adhésion.Donc si cette personne dont le petit doigt a décidé que t’étais un fumiste, malgré le fait que tu as le bagage  requis pour entrer au gymnase du soir, t’es grillé. Tu n’aura même pas la chance de passer la deuxième étape. La deuxième étape(corrigez-moi si je me trompe) est primordiale car là tu va pouvoir défendre toi-même ton projet de vie devant le comité.
        L’aberration est de confier la présentation du dossier à une seule personne qui t’aura vu 40 minutes. Je suis désolé d’égratiner une partie du gymnase du soir mais l’injustice de ce procédé ne peut que me révolter et me faire bondir sur mon clavier, je ne pouvais pas rester muet sur ce sujet. Leur mode de “recrutement” est source de plantage.

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          Anonyme
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          L’injustice ou la bêtise vient aussi du fait que si ton CV et atypique et comporte un échec, tu ne pourra pas entrer au gymnase du soir même si t’as les requis. Pourquoi ? Et bien parce que ton dossier sera présenté négativement. J’en parle parce que moi-même, j’en ai fait les frais dans tous les sens du terme d’ailleurs.

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            Gab
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            Cher Laurent,
            A l’époque où j’ai fait le gymnase du soir (il y a neuf ans, donc il est vrai que ça date un peu), je ne sais pas si les procédures d’admission dont tu parles existaient. Je me rappelle avoir été acceptée plutôt facilement.
            J’ai une amie qui a été acceptée en voie Maturité Fédérale (4 ans, deux de plus que pour le préalable) alors qu’elle n’avait pas même de certificat de fin de scolarité obligatoire, et ceci plus récemment (elle vient d’ailleurs de commencer le droit à Lausanne), ce qui va plutôt dans le sens de procédures d’admission assez souples et jugeant au cas par cas, même si ça reste des exemples anecdotiques. Entre temps, il se peut que les procédures d’admissions se soient “durcies”. Je me renseignerais. Mais dans tous les cas ça ne peut pas être dû à une sclérose d’un système vieillissant, ce que tu sembles sous-entendre lorsque tu parles de “vieille machine rouillée”.
            J’ai eu l’occasion de discuter avec Olivier Maggioni, le directeur du gymnase du soir, lors de ma visite-interview. Il m’a appris qu’il se battait activement pour la survie de la voie préalable qui va probablement disparaître, et ce précisément pour que des gens ayant un parcours atypique puissent accéder à de hautes études en deux ans, sans payer des sommes astronomiques en passant par les écoles privées “Prép”. J’ai moi-même croisé des personnes de tous âges et aux chemins de vie les plus variés lorsque j’y étais. Je crois que c’est le but de l’existence d’une telle institution, que je trouve profondément citoyenne. 

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            Olivier Maggioni
            |

            Je me permets d’apporter quelques précisions quant à l’admission au Gymnase du Soir (GYS).

            Il est faux de dire que les admissions sont soumises à l’appréciation du Comité de direction.

            Toute personne au bénéfice d’un CFC, d’une formation professionnelle reconnue ou de 2 ans de pratique attestée par des certificats de travail est admissible sans condition.

            Les personnes qui ne remplissent pas exactement ces pré requis, soit parce qu’elles ont connu des problèmes de santé ou psychosociaux graves, soit qu’elles ont été promenées d’un système scolaire (ou de formation professionnelle) à l’autre par des déménagements successifs à l’étranger, ces personnes peuvent soumettre leur cas au Comité de direction.
            Pour cela elles rencontrent le directeur et le délégué de l’orientation, soit deux entretiens de plus d’une demi-heure. En outre elles doivent constituer un dossier.
            Contrairement à ce qui a été dit, aucun candidat ne présente son dossier devant le Comité de direction.

            En résumé, les adultes qui travaillent sont admis sans condition. Souvent les élèves des gymnases cantonaux qui ont subi un échec définitif ont de la peine à comprendre qu’ils ne peuvent pas immédiatement venir tenter leur deuxième chance au GYS.
            Il leur faut attendre deux ans durant lesquels ils exerceront une activité professionnelle. Cette pause dans les études permet en général de retrouver la motivation essentielle pour la réussite de ces études, comme l’a bien montré l’interview de Sacha.

            Pour ce qui est de la voie préalable, celle-ci n’est pas condamnée mais nécessite une réorganisation. Je n’ai rien contre les écoles privées, mais il me semble normal que le service public soit en mesure de proposer des filières attrayantes accessibles aux personnes qui n’ont pas les moyens de se les offrir. Et lorsque celles-ci relèvent de la démocratisation de l’accès aux hautes écoles, le Gymnase du Soir s’y implique fortement.

            Des informations complémentaires sont disponibles sur notre site internet.

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            Gab
            |

             Un grand merci à Monsieur Maggioni, directeur du GYS pour ces précisions essentielles. De quoi y voir plus clair et se voir rassuré/e quant aux procédures de sélection.

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    michael_depasquale
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    Merci Gab et M. Maggioni pour ces précisions. Ayant moi-même également passé par la case Gymnase du Soir avant l’université, il y a de ça neuf ans (aïe, vindjiou, ça nous rajeunis pas…), les propos de Laurent m’avaient plus que surpris. Je ne me souviens pas être passé devant le comité de direction ou quoi que ce soit d’autre. 
    Longue vie au Gymnase du Soir!!

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    soleil
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    La bonne humeur et le sourir font partie des choses les plus importantes dans la vie. Cela nous permet d’avoir envie de se battre, d’aller jusqu’au bout, d’avoir de la volonté pour réussir.
    Je trouve que l’expérience de Sacha en est un bel exemple;la preuve que l’être humain peut construire sa vie au lieu de la détruire comme le font la pluspart des gens.
    Je sais par expérience personnelle qu’une situation, aussi inconfortable fusse-t-elle n’est jamais désespérée tant qu’on met toute son énergie pour voir les bons côtés de la vie. Cette énergie qu’on met dans nos actes est perçue par les autres de façon consciente ou non et cela permet de délier des situations compliquées.La vie est simple. Ce sont les humains qui la complique. Alors, quand un de ces humains décide de ne plus la compliquer et de collaborer avec la vie qui l’accueille, il obtiendra des résultats surprenants.
    Il faut bien vivre et tous nos actes ont des conséquences. Alors autant faire en sorte que ces conséquences soient bénéfiques!!

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