CdL 43 : Sam est un personnage sympathique

CdL 43 : Sam est un personnage sympathique

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Les chroniques de Lausanne - chapitre 43 : Où l'on discute de cynisme, de violence domestique, et de scientologie avec le plus classieux des protagonistes des présentes chroniques.

SamSamSam2Je me suis réveillé avec Hans dans les tripes, comme chaque fois que j’ai rêvé de lui depuis qu’il n’est plus là. Muriel s’est redressée un peu, a mâchouillé un machin imaginaire, a lâché une petite bouillie de sons, et puis elle s’est tournée face au mur pour finir sa nuit. Une gentille fille (enfin je crois).

Je me suis levé discrètement, aucune envie de discuter, surtout pas avec elle et ses problèmes d’étudiante. On devrait avoir le droit de coucher avec plus jeune que soi sans devoir se farcir leur manque total d’ambition et de vision à long terme, sinon à quoi bon ?

Evidemment, ce genre de pensée à 25 ans ferait probablement dire aux 3 personnes devant qui j’oserais la sortir que je suis un affreux cynique méprisant. Heureusement, mon meilleur pote ne juge pas. Et pour le remercier, j’évite de lui balader ce genre de truc sous le nez. Je pensais comme lui à la base, évidemment. Et évidemment, un jour, il va se réveiller et se rendre compte que le monde c’est ça, c’est prendre quand on peut et se barrer le plus vite possible, regardez autour de vous si vous ne me croyez pas.

Et prendre, si on veut garder, des fois il faut se battre pour, c’est mathématique. Je connaissais une fille qui se faisait tabasser par son mec tous les soirs. Elle avait 22 ans, en Master de Psychologie Clinique (on ne rit pas s’il vous plaît), et tous les soirs elle rentrait dans un studio pourri dont elle payait chaque centime du loyer et des courses, et y avait son gros con de mec qui l’attendait pour lui foutre sur la gueule. Ca a commencé un mois après qu’il l’a sautée pour la première fois dans les chiottes du D!, il a piqué une colère pour une connerie et wham, il l’a dézinguée.

Elle est allée à l’uni en lunettes noires pendant une semaine, je vous jure que c’est vrai. Pendant ce temps, lui, il s’est cassé de chez elle. Quand il est revenu, ça a même pas attendu un mois pour repartir. Sauf qu’il avait calculé son coup, il tapait plus bas. J’ai jamais vu de nana qui mettait autant de cols roulés dans ma vie, même en été. C’était pourtant une nana brillante, avec un putain de caractère, qui aimait partir loin et longtemps pendant les vacances. C’était pas qu’elle était trop chemo pour se trouver un mec non plus, elle avait un sourire qui m’a laissé sur le cul plus d’une fois, bon évidemment à l’époque elle souriait plus tant, mais je vous jure.

Je lui en ai parlé une fois ou deux, de temps en temps elle débarquait chez Max et moi pour aller pleurer dans les bras de Max. Evidemment lui il aurait bien voulu se la récupérer, mais voilà, c’était un 5 pour une 10, il avait aucune chance. Alors il faisait le Saint-Bernard, finalement c’est aussi comme ça que je l’ai rencontré, je vous raconterai ça une fois peut-être. Une fois quand même je lui ai demandé pourquoi tu restes avec ce type ? Elle m’a répondu qu’elle voulait d’abord trouver un moyen pour qu’il ramasse autant qu’elle avait ramassé, elle voulait se venger de ce pauvre type qui lui pourrissait la vie.

Au final, j’ai fini par me la taper dans leur pieu, et après j’ai attendu qu’il rentre avec elle. Quand il s’est mis à mailler, il a suffi que je me lève, il a pris un sac, il a pris ses affaires et la moitié de celles de sa meuf en passant (je crois que son but était de sauver sa dignité, des barres de rire). Elle l’a plus jamais revu, je l’ai plus jamais revue, Max s’est toujours demandé pourquoi elle venait plus le voir, mais elle avait fait ce choix-là : elle s’était battue pour ce qu’elle pensait être à elle, un truc comme son destin ou sa dignité. Et c’est à ce moment précis que j’ai réalisé qu’on ne contrôle rien dans la vie, et qu’il faut simplement prendre et à la rigueur se battre pour garder. C’était une baise bizarre, ça m’a beaucoup plu.

Lui il est marié désormais, ils attendent leur deuxième et je me demande ce que Max penserait de savoir qu’un type comme ça s’enferme le soir avec deux mômes. Elle est devenue scientologue en pensant que ça allait aller mieux. Elle a plus les moyens de voyager parce que ça coûte trop cher. Et c’est à moi qu’on dit que je suis cynique quand j’avance l’hypothèse que si je suis en ce moment-même dans la chambre d’une jeunette au petit corps bronzé par le soleil d’Ibiza, ce n’est pas exactement pour la qualité de sa conversation. Allez comprendre.

Il est neuf heures du matin, un lundi si mes souvenirs sont bons. Je devrais arriver au boulot juste à l’heure pour la fin de la présentation d’Emilien, histoire de débriefer un peu. En attendant je jette un œil à mon iPhone en quittant l’appart’ de Muriel, et je réalise que j’ai pas exactement dit à Saskia qu’on n’est plus ensemble, donc elle a dû m’attendre un peu hier soir, si j’en juge par ses 67 SMS et 30 appels en absence (un record, je crois, et elle a eu la délicatesse de faire un chiffre rond, ça facilitera l’inévitable engueulade, quand je vais mailler « 30. Putains. De. Messages !!! » au lieu de 27, j’économiserai de précieuses secondes une syllabe à la fois). Elle est comme moi, Sask, elle est dans l’optimisation. Si elle était moins faible ou moins bête, elle pourrait avoir une chouette vie. Et ça aussi, si je le dis à voix haute, on va m’accuser d’être méchant. Alors que c’est juste pour aider, je vous jure.

Je pense pas que je reviendrai chez Muriel, à moins d’être vraiment trop bourré, je réalise quand je sors de son ascenseur, alors je prends une petite photo mentale de l’immeuble en marbre et du portier (elle est blindée la Muriel, et ça l’excite super trop de coucher avec un type qui a grandi à la Bourdo à 8 dans un 4 pièces et demie, surtout si ça se voit plus trop aujourd’hui, comme ça elle peut le lâcher en confidence à ses copines). Et puis le jour maussade me tombe dessus et je ferme mon cerveau le temps de rentrer à l’appart’, en mode senso-rézo, tu penses plus à rien, tu laisses juste le monde t’arriver et tu espères éviter le bus en traversant la route. Jusqu’ici ça a trop bien marché, ce qui ne m’empêche pas de pousser un petit soupir de soulagement quand je passe la porte de chez moi.

Je sors douché, parfumé, peigné, ripoliné, je passe un petit coup sur la tête de l’homme vert, un mec en pierre, putain, quelle bonne idée, et je suis à la boîte à 9 heures moins deux. Vu la gueule de Max qui m’attend dans mon bureau, je me dis que ça aurait été mieux si j’étais arrivé un chouïa après, mais c’est sans doute cynique aussi.

A suivre…

Photo CC : zoomar

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