Cachez nous ces sans-abris que l’on ne saurait voir : “I believe citizens don’t know what’s happening”

Depuis quelques mois, une ancienne halle Heineken, appartenant actuellement aux Transports Lausannois, est occupée par une partie des sans-abris délogés du jardin du Sleep in à Renens. La situation est préoccupante car en mars les habitants pourraient se retrouver à la rue. Le LBB souhaite continuer de suivre leur pénible périple. Nous nous sommes rendues sur place afin de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas et de pouvoir parler de cette réalité qu'on ne peut ignorer.

Historique de la situation

Depuis l’été dernier, la situation des sans-abris de la région est préoccupante. Image 1b
La Marmotte et le Sleep in sont les deux lieux
d’accueil de nuit de la région. Il y a 51 places d’accueil entre les deux lieux. L’hiver, un abri PC ouvre et il y a alors 120 lits disponibles entre Lausanne et Renens. Apparemment, depuis l’été dernier, les places manquent. En effet, l’été passé, le jardin du Sleep in a été investi par des matelas et des sacs de couchage de personnes en mal d’abri. Plus de soixante personnes ont été contraintes de dormir dans le jardin du Sleep in. Mais à la fin de l’été, les municipalités ont argumenté qu’elles ne pouvaient tolérer plus longtemps que des personnes dorment « dehors » dans le jardin. Après des négociations, les habitants ont dû évacuer le jardin pour se retrouver à dormir… dehors.

Un collectif, Jean du toît Jean du jardin s’est alors formé pour soutenir ces sans-abris. En septembre, ils ont investi un collège en attente de démolition sur les hauts de Lausanne pour trouver une sorte de refuge provisoire. Le Lausanne Bondy Blog était déjà allé les voir afin de parler de cette situation difficile avec eux et pouvoir relayer leurs revendications. Après ce premier contact, il était important de suivre la situation plus que précaire de ces sans-abris. Après quelques demandes d’informations et un contact lors d’une manifestation organisée par le collectif, il est décidé d’aller les trouver dans le bâtiment de la halle Heineken qu’ils squattent faute de mieux.

En effet, en octobre dernier, après discussion, les habitants de la halle ont un contrat de confiance avec les TL (transports lausannois) qui détiennent cet entrepôt. Mais en mars, le contrat prend fin et ces personnes seront de retour à la rue. Il est évident que les autorités sont frileuses à aménager d’autres places d’accueil. Certains ont peur de l’appel d’air, en argumentant qu’offrir des places en plus amènerait plus de sans-abris. D’autre part, une partie des personnes qui se retrouvent à la rue sont issues de la migration économique et il n’est apparemment pas logique pour les autorités d’accueillir, même temporairement, ces personnes dans de nouveaux abris d’urgence de nuit. L’occupation de la halle par ces sans-abris est tolérée car, ainsi, ces personnes sortent des statistiques des sans-abris de la région et il n’est alors pas justifié d’ouvrir des places d’abri d’urgence.

Image 5bUn dimanche de février

Pour arriver au bâtiment occupé il faut marcher quelques minutes sur une route droite qui traverse une zone industrielle de Renens. Aucune habitation ne se profile à l’horizon et la situation excentrée de cet ancien local Heineken appartenant aux Transports Lausannois ne le rend pas visible aux promeneurs et aux autres habitants de la ville. En poussant les portes du bâtiment, nous nous sentons comme deux intruses. Si cette ancienne halle hébergeait avant tout des bureaux, il s’agit actuellement bien plus d’un lieu de vie que d’un lieu de travail. A peine entrées, nous croisons quelques hommes avec qui nous parlons brièvement. Nous avons un contact que nous devons interviewer mais il est difficile de se retrouver dans les trois étages de locaux reconvertis en habitation. On nous emmène donc dans un des espaces qui fait office de chambre. Nous pénétrons dans une salle de grande envergure où la lumière ne passe plus et dont le sol est presque intégralement recouvert de matelas. Quelques hommes se reposent, d’autres écoutent de la musique. Des bâches sont tendues sur des fils à certains endroits pour créer un semblant d’intimité en fractionnant cette très grande pièce. Aux murs, de grandes feuilles portent des écritures traduisant des mots d’anglais en français. Une ouverture au plafond donne sur l’étage supérieur d’où pend une multitude de vêtements. Le bâtiment comprend également une cuisine et des vestiaires ainsi que des douches et des toilettes qui permettent aux habitants de vivre dans le respect de l’hygiène. La plupart des pièces sont encombrées mais propres et la vie s’organise grâce à la participation de chacun et à l’aide de bénévoles extérieurs.Image 2b

Tous les habitants que nous croisons sont des hommes entre 20 et 45 ans. Lorsqu’ils passent devant nous, ils nous saluent et se présentent. Si ce grand bâtiment n’abrite que des hommes d’une certaine tranche d’âge, c’est parce qu’ils ne sont pas considérés comme les plus vulnérables (contrairement aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes) et ne sont donc pas prioritaires lors de l’accueil de nuit des abris de la ville. Il en résulte qu’ils n’ont souvent pas accès à ces refuges et la rue s’impose alors comme seule solution. Malgré les conditions de vie précaires, dues au fait que la halle soit originellement un lieu de travail mais aussi au nombre important de personnes vivant ensemble, tous ceux qui y ont trouvé refuge souhaitent y rester. Le contrat qui lie le collectif aux TL prend fin en mars et ces hommes risquent fortement de se retrouver à la rue si une solution n’est pas trouvée rapidement. C’est justement un des points abordés lors de la réunion que nous avons eu la chance de suivre après avoir fait l’interview. Le collectif et certains bénévoles se retrouvent tous les dimanches soir lors de meetings qui permettent à chacun de s’exprimer. La séance est dirigée par Chucks (l’homme dont nous avons fait l’interview) et la discussion est structurée grâce à un ordre du jour composé de points proposés par les habitants. Ce soir là, le collectif aborde le sujet de la violence policière, du contrat avec les TL qui doit être respecté coûte que coûte et du futur qui s’annonce problématique. C’est aussi l’occasion de traiter les problèmes internes liés au vivre ensemble comme le bruit le soir dans les zones communes ou les conflits entre les habitants. Une fois la réunion terminée, nous remercions tout le monde et le moment est venu de partir.

Notre interview vidéo réalisé en février 2016

Une visite comme la nôtre permet d’être confronté à une réalité ignorée et pourtant importante dans des villes comme Renens ou Lausanne, où une centaine de personnes se retrouveront à la rue fin mars faute d’avoir trouvé un autre abri. Une amélioration de la situation reste possible, principalement à travers différents dons et contributions de l’extérieur. Si, comme nous, vous êtes touchés par les conditions de vie précaires de ces hommes, il est possible de vous rendre sur la page Facebook du collectif qui vous informe sur l’évolution de la situation ainsi que sur les aides nécessaires.

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