Born to speak vaudois !

« Salut, vous êtes d’où les filles ? » « On vient d’ici. » La réponse semble le surprendre et sa question retombe comme un soufflé. Je veux bien l’admettre, ça aurait été plus classe de s’inventer des origines israéliennes ou russes, mais mes cheveux bruns foncés et mon mètre-soixante auraient eu tôt fait de discréditer toute tentative de me faire passer pour Bar Rafaeli… Sans compter qu’il me faut au moins deux martinis avant de commencer à m’étaler sur mes vagues origines italiennes. Néanmoins, il ne se laisse pas démonter : « Non non… mais sérieusement, vous êtes d’où ? »  Celle-là j’avoue, je l’avais pas vue venir… J’ai beau lui répéter que je suis sérieusement Suisse, ma réponse ne lui convient toujours pas. Après quelques secondes de réflexion il finit par lâcher : «J’te crois pas… t’as pas l’accent Suisse. »
Le vaudois s’affiche dans les rues de Lausanne.

Adieu à toi cher lecteur !

Je suis Suisse. Je suis née et j’ai grandi en Suisse, de parents ayant eux-mêmes vécus toute leur vie en Suisse. À force de fréquenter une uni composée à 80% de français, j’ai fini par diminuer les intonations chantantes, les « ou bien » en fin de phrase, les « sans autres » et les « seulement » à tout va. Je veux bien l’admettre : je ne suis pas peu fière d’avoir réussi à masquer mon accent, surtout que pour une fille de 24 ans, c’est pas forcément un atout séduction que de maîtriser le phrasé vaudois avec la dextérité d’un Jacques Chessex…

Mais malgré toute la bonne volonté du monde, il arrive que mon cœur de lausannoise se rebelle et reprenne le contrôle, sans que je ne puisse rien faire là-contre. Si mon accent a plus ou moins donné le tour, quelques mots et expressions persistent… Alors je ne vous parle pas du bon patois vaudois un peu cliché que (presque) plus personne ne parle en terre lausannoise. Les « ça roille » et autres « y’a pas l’feu au lac » restent quand même marginaux, à moins de passer toutes vos vendredis soir dans les Girons du Gros de Vaud… Non, je vous parle ici du bon mot suisse, celui qui est tellement ancré dans mon esprit, que je ne sais même plus qu’il ne fait pas vraiment partie de la langue française. Celui qui surgit naturellement au milieu d’une conversation et qui passerait complètement inaperçu si ton emmerdeur de pote parisien n’était pas là pour te fixer avec des yeux gros comme deux tartes à la raisinée. D’ailleurs en passant, petite précision tant qu’on y est : avoir mal au cou ou mal à la gorge, c’est kif-kif ! Et quand ça vous arrive, comme par hasard, on n’entend plus personne piorner. Faut dire, vous êtes quand même bien contents qu’on ait inventé les Ricolas !

© Particules en suspension

Mais le Suisse 2.0 ne se cache plus ! Que ce soit grâce à 26 minutes ou à Yann Marguet, le parler vaudois revient à la mode et s’affiche désormais dans les rues de Lausanne, sur les lolettes des bébés et sur les sacs des filles… Même au ciné ou dans le métro, désormais on fait de la pub pour Allôboissons avec l’accent. Et Yoann Provenzano prévient les voyageurs du M2 que « ça peut remuer sec » ! Tu vois comment ? Et tant mieux ! Après tout, ça serait mal fait qu’à Lausanne les expressions purement vaudoises disparaissent… Alors avis à tous les français qui draguent à l’Étoile Blanche: vous auriez meilleur temps de profiter de ce billet pour vous mettre à jour… Sortez les crayons gris ! Petit tour d’horizons de quelques expressions bien d’chez nous :

Tout d’abord, il existe un certain nombre de choses que le vaudois n’ose pas faire. Ne voyez pas là un manque d’audace… Il s’agirait plutôt de se conformer au règlement. Le vaudois en bon linguiste chrétien, à réussi à transformer l’obligation règlementaire en obligation morale. Si on n’ose pas prendre le trolley sans payer son billet, ce n’est pas tant qu’on ne le fera jamais… mais plutôt qu’on a conscience de l’illégalité du procédé.

De la même manière, le Suisse n’aime pas être surpris… se laisser surprendre reviendrait à admettre une faille dans notre planification du déroulement des évènements. C’est accepter une faiblesse : on n’avait pas prévu cela ! Non non, on n’aime pas les choses désorganisées : on aime savoir à l’avance. Ainsi on ne sera jamais agréablement surpris. Être agréablement surpris laisserait sous entendre que l’on ne s’y était pas préparé. Alors qu’un suisse est toujours prêt, comme les scouts ! À la rigueur, on veut bien admettre la déception. La déception nous laisse en position de force : cela signifie que nos attentes n’ont pas été comblées, mais ça… on pouvait s’y attendre. En tant que vaudois, on ne sera jamais agréablement surpris, à la rigueur on sera déçu en bien.

Ça joue jusque là ?

Au final, vous allez pas nous faire croire que vous ne voyez pas droit ce qu’on veut dire, quand on vous indique la route à suivre à grand renforts de présélections, de bandes traitillées, et de deuxième à droite après le giratoire… Mais malgré tout, mon dernier trajet en voiture avec un français a bien failli me coûter la vie. Quant à parquer la voiture en double file, mais t’es fou : on n’ose pas faire ça !

Nike c’est soooo 2016, en 2017 on s’affiche en bon vaudois ! © Particules en suspension

Malgré tout, s’il m’arrive encore de m’encoubler sur certaines tournures de phrases, et de pécloter quand il s’agit de trouver l’équivalent français du mot sixtus, ce n’est plus vraiment mon souci majeur. En coloc depuis maintenant cinq ans avec des canadiennes, me voilà rendue à pogner en masse les expressions québécoises. Je mixe désormais allègrement le vaudois avec du parler franco-canadien. C’est sûr, ça en devient presque mélangeant pour le monde qui sont pognés à m’écouter batoiller… Mais faites vous-en pas trop, ça viendra gentiment !

Pub allôboissons : https://vimeo.com/218755487

Les tl – tenez-vous ! : https://www.t-l.ch/professionnels/medias/communiques-de-presse/2016/600-tenez-vous-le-bon-geste-pour-eviter-le-risque-de-chute

Un blog bien bonnard, qui m’a inspiré pour ce billet : http://www.yapaslefeuaulac.ch

Ainsi qu’un petit lexique… http://mapage.noos.fr/r.ferreol/langage/fr-ch.htm

 

 

 

 

Répondre