Bô Noël, vin chaud et textes d’impro

Bô Noël et ses chalets de bois éphémères, ses innombrables stands de laines, de thés bio et de savons écolo. Bô Noël et le reflet des œuvres lumineuses, scintillant dans les yeux des enfants radieux, le grouillement des foules déambulant avec bonhomie, les pommettes des quidams avinés se réchauffant sous des lampes énergivores, les envahissantes émanations du fromage dégoulinant sur les assiettes, encore et encore... Cette traditionnelle comédie hivernale et la fièvre consumériste qui l’accompagne révèlent un puissant et étonnant contraste, entre l’impitoyable pression économique pesant sur les artisans/commerçants qui y jouent chaque année leur survie, et l’insolente décontraction des badauds savourant tranquillement une huître arrosée de champagne. Pour se trouver un semblant de raison d’être au milieu de cette grosse bastringue, les Lausannois Bondy Blogueurs ont choisi le symbolique breuvage du vin chaud pour s'essayer à un exercice de style, entre réalité et fiction, chacun-e incarnant un personnage archétypique du marché de Noël.

L’irritable qui renversait son vin chaud et pestait contre le chaland

(by Skirmantas Raila)

Chaque année, c’est la même rengaine : le marché de Noël ayant perdu sa teneur ringarde, il est maintenant bien vu de se faire voir un verre de sagex à la main, à côté d’une hutte en faux bois pour boire de la vraie piquette. En plus, il fait froid et il y a trop de monde. Faire la file. puis se faufiler pour essayer de trouver une table en hauteur : La virée entre collègues par excellence. Rire forcé de Jeanine qui retentit à quelques mètres. Je suis le groupe à contre cœur, Jeanine a vu qu’il y avait un coin tranquille derrière. Depuis quand elle s’y connait, elle ? Je me fais toute petite pour ne pas me faire bousculer mais un connard parvient tout de même à me foncer dedans. Le mélange encore chaud déborde sur mes doigts, ma main et s’immisce dans ma manche droite. Je vois rouge en pensant à la chemise blanche que je porte sous mon manteau, maintenant tachée. Je me retourne pour invectiver le coupable, le sommant de mieux regarder où il va, la prochaine fois ! Antoine me propose un mouchoir, mais cela n’empêchera pas ma peau de coller toute la soirée. On fait enfin santé, même si cela ne fait pas « kling » ! Le liquide râpe un peu la gorge, mais j’attribue cela à la tradition tout en réfléchissant aux méthodes de grand-mère pour enlever les tâches de vin… Est-ce le sel ou le vin blanc qui permettra de récupérer cette chemise ? Peut-on vraiment considérer le vin chaud comme du vin rouge ? Je me réjouis de rentrer chez moi pour avoir à répondre à ces questions. En attendant, tout le monde s’autocongratule et sourit les dents assombries par ce qu’il reste de tanin : Joyeux Noël ! Mathilde


L’abstinent qui préférait le thé chaud au vin chaud

(by Skirmantas Raila)

Je ne bois presque jamais d’alcool. Suivant les contextes, cela génère autour de moi plus ou moins d’incompréhension, de moqueries et de taquineries. J’ai souvenir d’un cours de répétition avec une compagnie truffée de valaisans où ça a été assez chaud pour moi. Alors, pourquoi cette intolérance à l’alcool qui complique encore l’intégration sociale à l’homme déjà naturellement très timide que je suis ? Religieuse ? Il y a de ça à l’origine car mes parents, fervents évangéliques, ont signé une charte leur interdisant toute consommation de quelque liqueur que ce soit. Toutefois j’ai abandonné une large partie de leurs convictions, pourquoi alors s’entêter à ne pas boire ? Et bien la raison se situe principalement au niveau de mes préoccupations pour ma santé et surtout pour ma santé cérébrale. L’alcool est un neurotoxique reconnu. Or je suis très sensible là-dessus. En effet, je tiens au peu d’intelligence dont je dispose autant que bien des femmes tiennent à leur corps et à leur ligne. Je sais qu’il y a un côté très exagéré et irrationnel, mais voilà, prendre un gramme peut représenter un drame pour certaines, pour moi, c’est perdre un neurone qui m’inquiète déjà. Ainsi donc, au Bô Noël, c’est bien-sûr le thé de Noël que j’ai testé, vers le stand juste à côté de Payot. Il me semble bien que c’était la première fois que j’en buvais. Pas mal du tout ! Un brin trop sucré peut-être, recette facile pour rendre n’importe quel thé passable. Toutefois j’ai aussi bien apprécié le goût épicé qui m’était plutôt inconnu, et que je serais bien incapable de vous décrire. Servi dans les mêmes gobelets jetables que le vin chaud, d’une couleur pas très éloignée non plus, le thé de Noël est donc l’option idéale pour les abstinents comme moi qui souhaitent passer inaperçus au milieu des stands hivernaux. Lucien


La poétesse extasiée par le vin chaud

(by Skirmantas Raila)
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Mes cinq sens s’émoustillent rien qu’à entendre ton nom.
L’ouïe surprend un son, un murmure de contentement.
L’odorat capte une senteur, un arôme époustouflant.
La vue pétille d’allégresse, un reflet captivant.
Le toucher perçoit un changement, un frôlement revigorant.

Breuvage hivernal tu me berces, car tout en toi n’est que tendresse.
Ta fine vapeur éthérée est plus qu’enchanteresse.
Ta saveur fruitée et sucrée est d’une pure délicatesse.
Ton nectar est une promesse.
Ton dénouement une légère ivresse.

En clair, tu enchantes mon air.
Soudain tu donnes vie à une atmosphère.
Et tu attendris l’hiver.

Nectar délicieux, soyeux et bienheureux.
Plus chaleureux près d’un bon feu.
Tu es bien plus que précieux.

Tu réchauffes l’âme et le corps.
Et tu magnifies le décor.
En résumé, tu es un incontestable trésor.

Camille

 


Le critique qui entendait « gastronomiser » le vin chaud

(by Skirmantas Raila)

L’amateur de produits viticoles que je suis a rejoint ses ami-e-s blogeur-se-s au Bô Noël avec l’idée en tête de révéler aux lecteur-trice-s du LBB, le meilleur vin chaud du marché. Je me suis dit : « j’les goûte tous, j’fais un classement et comme ça j’leur permets d’éviter les stands qui écoulent des breuvages quelconques ou carrément médiocres ». Car vous avez forcément tous déjà eu à vous infliger un mauvais vin chaud : celui qui ne contient pas la moindre trace d’épice et qui vous rabote le fonds de la gorge tellement il est âpre. Quel affront aussi de réaliser que parfois, le prétendu vin chaud que l’on vous a servi est en fait un infâme concentré sirupeux préfabriqué, directement dilué dans un gobelet d’eau bouillante sur laquelle viennent flotter trois misérables dés d’orange sensés donner l’illusion que le breuvage est artisanal…

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Pour vous éviter ces quelques tracasseries gustatives inhérentes à tout marché de Noël, et parce que le vin chaud n’est pas une boisson aussi vulgaire qu’elle a en a l’air, voici donc la forme que devait à peu près prendre mon hypothétique-critique de pseudo-guide-culinaire suite à ma simili-dégustation de « Glühwein » :

  1. Place Pépinet : robe dense, goût intense et racé, harmonie vin-épices équilibré ; la possibilité d’enrichir son nectar d’une touche de rhum ou d’Amaretto arrondit les angles et compense l’alcool du vin largement évaporé à la cuisson. Note : 3/5

  2. Terrasse Bel-Air : annoncé comme un savant mélange de vin et de madère, le résultat est inattendu et m’a laissé pantois. L’excès de sucre (peut-être dû au Madère ?) noie tous les arômes du vin. Le mélange d’épices, en poudre et non filtré au moment du service, vous donne une fois le verre terminé, une petite idée de la sensation que l’on peut éprouver si l’on a eu le malheur de laisser la bouche ouverte en pleine tempête de sable… Note : 1/5

Sauf que voilà… après deux verres, la dégustation est restée sur sa soif… et mon dessein initial s’est brutalement interrompu : le froid de canard qui régnait ce soir-là a (trop) rapidement eu raison de notre bande de joyeux drilles ; me retranchant alors avec mes camarades dans le bar anglais le plus proche et comprenant que nous n’étions pas près d’en sortir, j’ai dû me résoudre à admettre que mon idée de palmarès prenait irrémédiablement l’eau… au détriment du vin… bref j’ai commandé une bière… et abandonné définitivement l’idée d’endosser le rôle du critique gastronomique le temps de cette soirée…

Aussi, n’étant pas parvenu à vous dresser dans ce billet un panorama exhaustif des vins chauds servis à Bô Noël, je ressens le besoin de partager ici avec vous, un peu en guise de compensation, ma recette de vin chaud maison. Depuis belle lurette, je concocte cette préparation de manière un peu improvisée mais mes ami-e-s m’en disent généralement le plus grand bien.

VIN CHAUD MAISON
Ingrédients

  • 3l de vin rouge (en bouteille ou en cubis)
  • Une bouteille de rhum pas cher (le colonial de Denner va super !) ou d’Amaretto
  • 2 oranges, 2 pommes (de préférence une variété qui reste ferme à la cuisson, la Golden p.ex., sans ça votre vin chaud se transforme en purée de pommes)
  • 150g de sucre de canne brut
  • 3-5 bâtons de cannelle de Chine (ma variété préférée)
  • 1-2 rhizome(s) de gingembre (selon la taille)
  • 6-7 clous de girofle
  • 1 bâton de vanille

Préparation
Peler les oranges et épépiner les pommes. Se verser un verre de rhum et le boire. Couper les pommes et les oranges en petits dés. Boire une lichette de rhum. Renouveler cette dernière opération. Peler et couper le gingembre en lamelles. Boire un verre de rhum. Concasser les clous de girofle et la cannelle dans un pilon. Inciser le bvâton de vanille. Berser le rouge dans une grande gasserole, ajouter les fruits, les ébvices et le szucre. Brendre la vouteille de rhum et s’envoynet une bonne rasade. Borter le vin à ébullition puis laizer mijoter aveg le couvergle à feu doux bandant une heure minimum (2-3h c’est mieux, et ça laisse le temp d’se reverdir 2 ou 3 verts de rum). Ajouder du zucre et des épices zelon vos goûts. Avant de servir, s’il en resd, ajouder du rhum à vot guisze…

Conseil
Les « intermèdes rhum » ne s’invitent évidemment pas dans le processus habituel de préparation mais la lecture d’une recette de cuisine est souvent si soporifique que j’ai jugé opportun d’y intégrer une petite touche humoristique… Allez, bonne dégustation et belles fêtes à toutes et tous ! Yoan

 

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