Bimbo, mode d’emploi

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A la suite d'une découverte peu heureuse sur le net, une bloggeuse choquée a décidé de dénoncer un pan de la vague de bêtise qui sévit sur la toile

www.ma-bimbo.com. Franchement, je pourrais m’arrêter là, parce que perso, je trouve le nom du concept déjà assez grandiose. Récit de la soirée de ma découverte… Un soir de novembre, je rentre épuisée d’une journée de révisions. La période d’examens est rude, mais j’assume pleinement les sacrifices qu’impliquent les études que j’ai entreprises. Devenir une femme à responsabilités dans un monde gouverné par les hommes (qu’on se le dise) implique tout de même quelques sacrifices (eh ouais, sinon ça serait trop facile). J’allais donc paisiblement conclure ma journée « métro – biblio – remétro » par un banal « dodo » lorsque soudain, c’est « Nouvo » qui attira mon attention. Je dois avouer que j’aime bien l’émission Nouvo. Grâce à elle, je suis au courant de tous les buzz internet et autres avancées technologiques dont je me préoccuperais peu au quotidien.

Et j’avoue que je trouve plutôt amusant d’apprendre que d’ici quelques années, ce sera probablement un robot domestique qui préparera mes crêpes au sirop d’érable fétiches. Enfin, c’est à prendre avec des pincettes : n’oublions pas que certains pensaient qu’en l’an 2000 les voitures voleraient alors que pour l’heure, on peine à faire passer l’idée d’une taxe CO2 à la charge des conducteurs de Porsche Cayenne… Bref, je m’enfonce un peu plus dans mon canapé déjà réjouie d’écouter le premier reportage actu’. Mais soudain, c’est le drame. Le fond d’écran de Nouvo, qui habituellement donne plutôt dans le jaune canari, vient d’être envahi par une couleur qui m’est fort peu familière : un rose, mais pas n’importe lequel. Un rose si bonbon, si marshmallow, si babydoll, que le temps d’un instant, je crois la TSR prise en otage par Ken & Barbie, désireux de prendre leur revanche sur Vic’ et David Beckham, résolument plus fashion ces derniers temps… Eh oui, je viens d’entrer dans le monde de ma-bimbo.fr. Et comme le dit la dessinatrice du site : « L’univers de ma-bimbo.fr, c’est girly »… Dieu sait si ce mot me fait penser à un bonbon à la fraise au goût trop chimique !

J’apprends alors que le concept est né d’une bande de jeunes de 25 ans en moyenne, une vraie bande de margoulins, parce qu’il fallait quand même être sacrément culotté pour oser utiliser aux yeux de tous le créneau « bimbo, fashion, Paris H. et Cie ». Enfin, passé le choc, je décide d’aller immédiatement voir de quoi il en retourne…

J’entre donc dans le site et me crée donc une BondyBimbo. On m’informe qu’elle a 15 ans (ben oui, j’ai donné 1994 comme année de naissance afin de ne pas éveiller de soupçons…). Elle fait 1m68 et pèse 58kg. Très bien. Après avoir brièvement parcouru le site, et notamment la lettre destinée aux parents, je me dis que j’ai peut-être été un peu trop méfiante. Laurinda, pourquoi vois-tu toujours le mal partout ?

Première info : pour s’acheter quoique ce soit, la bimbo doit avoir des « bimbos d’or », la monnaie courante dans cet univers. Et pour en gagner, eh bien la BondyBimbo va devoir se trouver un job. Mais où ça ? Je vous le donne en mille : à L’A.N.P.E ! Le site est si bien adapté à la vie des français… même si ce point, décidément très réaliste, ne fera sûrement pas rêver les préados.

Ca a l’air plutôt bon enfant cette histoire : ma BondyBimbo va à la bibliothèque pour augmenter son Q.I., trouve un logement, s’achète quelques fringues et promène le chihuahua qu’elle vient de s’acheter, mais rien de bien méchant. Bon, c’est vrai, dernièrement ma BondyBimbo s’est acheté un abonnement au fitness d’une valeur de 300 bimbos d’or, afin de « perdre les kilos en trop ». Parce qu’on le sait tous, à coups de MacDo, le pas entre bimbo et bimbendum devient plutôt ténu.

Ah tiens, le soir venu une phrase attire mon attention alors que je voulais emmener ma BondyBimbo en discothèque. On m’explique que c’est ici que ma bimbo trouvera un mec : Votre petit copain vous rapporte un salaire tous les jours, plus votre niveau est élevé plus vous obtiendrez un petit copain riche »… C’est bizarre, ça me fait penser à des clichés dont je me serais volontiers passée ! Autre anomalie, je me rends compte que le but ultime de ce jeu est de terminer chaque semaine en première page de « Oulala Magazine », ce qui signifie en d’autres termes : gagner le concours de miss Bimbo. Ainsi : exit l’intérêt de pratiquer une activité un tant soit peu intellectuelle. Mais ça n’est pas tout. Au bout de la rue de BimboLand se trouve une clinique et les services qu’elle propose sont pour le moins étonnants (pour ne pas dire ahu/brutissants) lorsqu’on connaît la moyenne d’âge des filles qui viennent fréquenter le site. En effet, on donne à la bimbo la possibilité de s‘offrir une chirurgie esthétique du visage ou encore de la poitrine. Non je ne rêve pas, c’est écrit noir sur rose ! Encore pire, passer par la case opération chirurgicale s’avère être obligatoire pour accéder à un niveau supérieur! Je tombe des nues. Tout cela ne figurait bien sûr pas sur la jolie lettre d’avertissement… C’en était trop. Je décide d’aller me coucher pour tenter d’oublier, mais agitée par toutes les revendications que cette plateforme a fait naître en moi, je constate que passer par le stade « bimbo » me donne de la peine à me mettre en mode « dodo »…

En effet, une question me taraude et je vous la pose, chers lectrices et chers lecteurs : quels sont les arguments des auteurs du site pour justifier un tel ramassis de bêtises ? Lorsque la dessinatrice, plutôt ronde et aux cheveux étrangement rouge vif (pas besoin d’avoir une licence en psycho pour ressentir à quel point elle se projette dans ses créations…), avance que le site offre une caricature du monde d’aujourd’hui, que ce n’est qu’un jeu virtuel et que c’est indiqué sur le site, excusez-moi mais je trouve l’argument un peu maigre ! A mes yeux, cette simple indication n’est largement pas suffisante. En effet, une adolescente de 12 ou 13 ans possède selon moi un sens critique qui ne dépasse pas le stade embryonnaire. J’admets éventuellement que les préados puissent faire la différence entre le monde du jeu et la vie de tous les jours. Mais par contre, comment, si jeune, pourrait-on maîtriser les influences d’un jeu virtuel dans la vie réelle ? Je dénonce donc l’hypocrisie énorme qui se trouve derrière cette façade rose. Je trouve en effet choquant et inadmissible que sous couvert d’un design « sympathique » et aux allures enfantines, on se permette d’inculquer pernicieusement des idées telles que l’obsession du paraître, la dictature de l’argent et j’en passe, à des gamines à l’esprit malléable, aux prises de l’adolescence et de la recherche de leur personnalité. Les influencer de la sorte relève pour moi d’un manque de respect au statut de la femme et au-delà de ça, témoigne du manque d’éthique, remplacée par la recherche du profit, des entrepreneurs actuels.

Ce soir-là, c’est grâce à une pensée positive que j’ai finalement réussi à trouver le sommeil : j’espère sincèrement que les futurs parents prendront leur rôle très à cœur ces prochaines années. Parce qu’au vu de ce qui attend les enfants de demain, et en particulier les jeunes filles, la prudence et la méfiance envers les médias et la société en général sont plus que jamais de mise…

Laurinda Konde

Laurinda Konde

4 Responses

  1. HectorVigot
    | Répondre

    Il semble que ma-bimbo.com c’est du lourd…pfiou…! Ce site possède quelques points communs avec celui pour pré-ados, cherylove.com, qui a séduit petite soeur et petites cousines. En gros: après avoir choisi ta “Lolita” parmi des photos de jeunes filles entre 13 et 18 ans, celle-ci doit atteindre la ville en dépensant le moins possible pour “le makillage”, “la nourritür”, “les frings”… Notons que l’ortho, lui, a dû se flinguer. A ce défi urbain s’ajoute celui de conserver ta cherylove à 56 kg, pour qu’elle garde espoir de devenir un jour Top Model…Société de consommation et diktat d’une pseudo beauté, cherylove et ma-bimbo, deux concepts fort intelligents (…) en somme!

  2. violaine
    | Répondre

    Oui bon, ça permet au site de recruter des profils de jeunes filles autour de 15-20 ans.
    D’un point de vue marketing je comprend l’existence du site. 

    Niveau déontologique par contre, je trouve ça d’une médiocrité incroyable. Quand on s’adresse à des jeunes, il faut faire attention justement à ce que les messages soient clairs et n’induisent pas à confondre réalité et vie virtuelle. Toute jeune fille de 15 ans n’a pas la même maturité face à un écran, face à l’image, face à son image.

    Bizarre que familles de France ou autre association familiale ne se soit pas intéressées au site.

  3. dyns
    | Répondre

    Ton article est énorme! Mais sans déconner!

  4. dani
    | Répondre

    Excellent article… édifiant !   

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