Belle île dévastée cherche repreneur

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Commentaire. Tiens si on parlait un peu d'Haïti... et des inquiétudes quant à sa reconstruction, le tout inspiré par une lecture récente.

Tois mois après la catastrophe de Katrina, un certain Milton Friedman proposait de reconstruire un système scolaire dévasté à base d’écoles privées subventionnées. Au Sri Lanka, le tsunami chassait les pêcheurs du littoral au profit d’investisseurs hôteliers. Le grand toilettage irakien a permis de privatiser à foison. Naomi Klein, auteure du célèbre « No Logo » a mis en commun ces exemples dans son dernier ouvrage « La stratégie du choc » (Leméac/Actes Sud, 2008). Elle y décrit la montée d’un capitalisme utilisant des désastres pour s’imposer sournoisement.

On apprenait la semaine passée que l’armée américaine avait « pris le contrôle » de l’aéroport de Port-au-Prince. Samedi passé dans Le Temps, l’envoyé spécial relatait les propos d’un Haïtien qui espérait rapidement l’arrivée des soldats promis par Obama afin de sécuriser les stations essence. L’insécurité semble régner entre pillages et évasions de prisonniers. Qui va-t-on envoyer pour restaurer l’ordre et la discipline? Les troupes de l’Oncle Samy bien sûr. Il en reste encore d’ailleurs? Entre ceux qui partent en Afghanistan et ceux qui ne rentrent pas d’Irak… Mais là je m’égare. La situation politique est donc d’ores et déjà bien compliquée avec un début d’ingérence qui pourrait persister. Certains éditorialistes américains, comme Bill O’Reilly (lire son commentaire: Haiti, liberalism and America) de la très indépendante Fox News, montrent les dents et précisent que les Etats-Unis ont déjà versé plus d’un billion de dollars ces 5 dernières années.

Un autre exemple est relevé par Naomi Klein elle-même dans cette vidéo. Sur le blog de “The Heritage Foundation” on peut y lire ceci:

“En plus de fournir une assistance humanitaire immédiate, la réponse américaine au tragique tremblement de terre en Haïti offre des possibilités de réformer l’État d’Haïti et son économie qui dysfonctionnent depuis longtemps, ainsi que d’améliorer l’image des États-Unis dans la région.”

Il n’avait fallu que 13 jours à cette même Heritage Foundation pour proposer 32 solutions de libre marché pour l’après ouragan Katrina…

Alors oui, c’est vrai, la catastrophe c’est la solution pour le changement. C’est difficile de changer en profondeur le système économique d’un pays. Y a toujours deux ou trois dangereux communistes pour s’offusquer de la moindre privatisation. Rien de tel qu’une petite catastrophe mettant sans dessus dessous un pays, une région ou une ville afin d’expérimenter un libéralisme sauvage, prouvant ainsi au monde entier que ce système est le bon. A défaut de preuves, c’est généralement un deuxième tsunami, une deuxième catastrophe qui déboule. Et je crains qu’ Haïti se tape une sévère réplique…

Pour en savoir plus:

un article intéressant qui parle de l’économie du désastre en lien avec Haiti: http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703657604575005211595984220.html?mod=WSJ_hpp_sections_lifestyle

La stratégie du choc, Naomi Klein, Leméac/Actes Sud, 2008

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Loïc

  1. Geronimo
    | Répondre

    Je crois que c’est une bonne analyse de la situation, Monsieur De Lacour. On pourrait peut-être même se demander pourquoi, en 2005, le tremblement de terre du Cachemire pakistanais (qui avait quand même fait 75’000 morts) avait moins suscité l’intérêt (voire la compassion) international…

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