Avant/Après : vestiges sentimentaux de la gare de Lausanne

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Avant, après. Le sens de ces mots s’évapore dans une gare, où le flux est continu. Où la binarité n’a pas de place. Dans les espaces qui composent la gare de Lausanne, les passagers sont comme des respirations plus ou moins fortes qui remplissent les poumons à cadence régulière.

La gare c’est le flux, les flux. Au pluriel, ils sont parfois longs, élastiques. Ou saccadés, essoufflés. Une seule seconde sur le quai, pour le passager, avant le coup de sifflet strident et les portes qui se ferment en fracas. Le temps court, le temps long. Longuement, j’attends, tu attends, il attend. Un train, une fille qui a loupé le sien.

Quand il fait soif.... Photo : CC_by Vike
Quand il fait soif….
Photo : CC_by Vike

Avant, après. Il y aura bien un avant et un après pour la gare de Lausanne. Avant, il y avait l’éternel Freeport, un lieu de passage bien sûr. Une salle d’attente où l’horloge murale trônait fièrement, affichant plusieurs minutes d’avance afin que les voyageurs distraits aient une chance de plus. L’endroit de rencontre idéal aussi pour les pendulaires qui, entre deux villes, deux trajets, se retrouvaient pour savourer une SchneiderWeisse. Je me souviens aussi d’une flammenküche dégustée quand je n’habitais pas encore Lausanne, au retour d’une longue journée à vélo. La pluie nous avait rattrapés mais le train qui ne passait qu’une fois l’heure avait quitté la gare sans nous. En guise de réconfort, nous avions gratté le fond de nos poches pour pouvoir nous payer un plat chaud à partager.

 

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Le futur Pôle Muséal, Mathilde Panes, 2016

Aujourd’hui, le Freeport est fermé. Le Buffet de la Gare – version un peu plus cossue et traditionnelle d’un établissement de gare – également. Les anciennes halles de la régie fédérale sont aussi détruites, laissant place à un énorme chantier, pour l’instant constitué uniquement de gravats et d’un plan pour l’ambitieux projet du Pôle Muséal. Ainsi, dans un futur plus ou moins proche, la culture prendra ses quartiers, toute proche des quais. Le centre névralgique de la ville, déjà divisé entre modernité, au Flon, et la Cité, se déplacera un cran plus bas, plus près de chez moi.
Entre l’avant et l’après, il y a maintenant. Cette gare un peu désuète, avec un hall d’époque, le plafond orné d’un magnifique chandelier. Les guichets de mon enfance, avant les bornes électroniques, accueillaient les futurs voyageurs. À leur place, un magasin de bijoux pas chers et surtout des tickets numérotés pour attendre son tour aux guichets actuels, en format open-space.

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Sacrilège! Mathilde Panes, 2015

La transformation la plus choquante, peut-être, parce que la plus symbolique, c’est ce dramatique passage du panneau d’information des trains analogique à sa version bleue numérique et criarde. Avant, après. Avant, chaque ligne du panneau se tournait dans une chorégraphie sonore rythmée. Celui dans l’attente savait que les informations venaient d’être mises à jour et pouvait ainsi diriger son attention à un seul moment, sporadiquement.

Après, la gare sera encore un lieu de rencontre, un lieu de passage, un lieu de départ, de retrouvailles. La circulation multimodale qui est aujourd’hui reine de la place de la gare devrait disparaitre pour le bien-être des piétons, qui pourront trainer sans klaxons, courir pour attraper leur train sans passer trop près d’une voiture. Après, peut-être, on ne dira plus “avant, c’était mieux”.

2 Responses

  1. Denise Sivete
    | Répondre

    Très bel article. Ceci m’a fait découvrir un “avant” que je ne connaissait pas. Merci Mathilde.

    • Mathilde
      Mathilde
      | Répondre

      Denise ! Merci pour ton mot, ça me fait plaisir ! À bientôt 🙂

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