Avant/Après : lumières sur la comédie musicale «Big Crunch (et les étoiles n’en ont rien à faire)»

Le « Big Crunch », vous connaissez ? A la base, il s’agit d’une théorie en cosmologie, parlant de la destruction de l’univers. Rien de bien réjouissant, toutefois, dans un registre plus séduisant, il s’agit également du titre d’une comédie musicale 100% lausannoise!

Si « les étoiles n’en ont rien à faire », ce n’est pas le cas des habitants de la planète Terre, tout du moins de ceux qui ont eu le plaisir d’assister à l’une des neuf représentations (toutes complètes) qui se sont déroulées au Théâtre 2.21 du 20 au 29 avril 2018. Sur scène, on retrouve cinq comédiens-chanteurs d’un naturel étonnant et en contrebas, deux musiciens : un pianiste (Renaud Delay) et une violoncelliste (Hilde Skomedal). L’ensemble est juste « waouh »! Décors, mise en scène, textes et interprétations laissent pantois. En sortant de l’une des représentations, j’avais la tête remplie de chansons, un sourire lumineux sur le visage et une envie irrésistible de revoir cette pièce et d’en parler à tort et à travers. Par chance, Daniel Vuataz, co-scénariste et co-auteur des textes et des paroles, était motivé pour répondre à l’ensemble de mes questions. En voici le compte rendu.

Infime condensé scénaristique

L’histoire commence par une soirée aussi merveilleuse qu’unique, qui voit naître une amitié aux liens inaltérables. Suite à cela, quatre amis d’une vingtaine d’années, Lise (Constance Jaermann), Nao (Aude Gilliéron), William (Vincent Gilliéron) et Marc (Frédéric Brodard) passent alors un été inoubliable et hors du temps. Mais bientôt la vie reprend son cours et les quatre amis se séparent, accaparés par les changements qui accompagnent leur vie. Au fil des années, ils restent en contact. Arrivés à la trentaine, les amis enfin tous réunis se retrouvent chez Lise, mais plus rien n’est pareil. L’insouciance a disparu et les questions se fracassent sous leurs crânes.

Les instruments sont fin prêts, ne manque plus que les musiciens.

D’un projet à une œuvre

Le projet de Big Crunch a débuté dans l’esprit de Renaud Delay, compositeur et directeur artistique de la Compagnie Silence in the Studio. Au départ, il s’était lancé dans un projet de « song cyle », spectacle musical rassemblant des chansons aux thèmes analogues. Ce qui a abouti à Fragments of Life & Death (dont les paroles étaient en anglais), présenté en showcase au Lido en juin 2016. En découvrant le résultat et l’enthousiasme du public, l’envie de créer une véritable production a pointé le bout de son nez. Comme le dit Daniel : « Le défi a été de faire de cette “constellation de chansons” une véritable histoire, avec de vrais personnages. Et surtout de se lancer intégralement en français ! La thématique locale et contemporaine (un groupe d’amis lausannois qui passent de 20 à 30 ans ensemble) a aidé à cette conversion vers le français. »

Le concept était d’aborder les grandes étapes qui constituent la vie. « Des choses à la fois très personnelles, et pourtant éminemment universelles. L’amitié, l’amour, le sexe, les choix, les peurs, le bonheur… ». Ces thèmes sont en effet au cœur de ce spectacle bien ancré dans notre époque, dont il est un authentique reflet des vingt-trente ans d’aujourd’hui. Pour arriver à ce résultat, les deux auteurs ont puisé leurs inspirations en eux-mêmes et dans leur entourage. D’après Daniel, « le plus magique, c’est que ces mêmes thématiques et traits de caractères touchent beaucoup plus largement que nous », ce qui est on ne peut plus vrai.

Écrire : une aventure commune

Renaud et Daniel ont travaillé conjointement dès le départ sur le synopsis de la pièce, puis ont continué tout au long du travail d’écriture. Le premier s’est attaqué à la musique, tandis que le deuxième s’est concentré sur les textes monologués. Les paroles des chansons ont été écrites à quatre mains. « Nos écritures sont complémentaires: souvent, je proposais des textes plus ou moins versifiés, rimés, et Renaud les peaufinait pour les faire entrer dans la prosodie si particulière du français. Le metteur en scène Frédéric Ozier et les comédiens ont également été mis à contribution pour écrire certaines scènes-clé, notamment lors de périodes de laboratoire collectif » confie Daniel. L’ordre de l’écriture du texte, de la composition des chansons et de la musique « a été intimement lié, du début à la fin », l’ensemble a été créé suivant l’inspiration du moment. Écrire des paroles de chansons ne revient absolument pas à écrire un texte classique. Pour Daniel « les compétences de Renaud ont été ultra-précieuses pour trouver la bonne tournure, la phrase qui sonne, la voyelle chantable ou les allitérations qui créent le rythme ».  Ensemble, ils on essayé de trouver un vocabulaire commun, naturel, utilisé dans la vie de tous les jours et non pas de se calquer sur le français qu’ont retrouve dans d’autres comédies musicales actuelles, qui est somme toute « un peu cliché ».

L’entrée de la salle de spectacle…

Un spectacle au delà de l’écriture

La mise en scène créée par Frédéric Ozier était bien différente de celle qu’avait imaginé Daniel. Pas la moindre déception cependant, car le résultat était encore meilleur ! Pour l’auteur « c’est clairement ce qui fait la différence, dans un projet comme celui-ci », l’écriture et la musique ne font de loin pas tout. Découvrir le texte prendre vie était magique, mais « c’est aussi grâce au boulot de la lumière, des costumes, du son, des comédiennes et comédiens. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça les “arts vivants”. Une chaîne de compétences », voilà ce qu’est la production d’un spectacle comme Big Crunch. C’est d’ailleurs ce travail d’équipe inestimable qui a su ravir Daniel. « Je crois que le fait de travailler avec des amis, et d’arriver à ce résultat, c’est ce qu’il y a de plus beau. Car tout est parti d’une histoire d’amitié, vraiment. » Dans tout les cas, l’aventure l’a conquis et il est « plus que jamais » tenté de réécrire une comédie musicale.

Un titre : plus que de simples mots

Le titre de la comédie musicale est assez intrigant, et c’est le but. Au départ, le titre était resté le même que pour le showcase (Fragments). C’est en approchant des théâtres pour présenter la pièce, qu’il est apparu que le titre méritait d’être plus accrocheur. « On voulait que les gens puissent s’en souvenir facilement, qu’il sonne, qu’il claque. Je ne sais plus qui a proposé Big Crunch le premier, mais ça a tout de suite fait tilt. Même si on ne connaît rien en astrophysique, ça évoque quelque chose qui frappe, quelque chose de grand. Il y a une promesse et un mystère dans ce titre. Alors oui, c’est paradoxal qu’il soit en anglais alors que tout le reste est en français, mais en même temps, ces termes scientifiques ne se traduisent pas… Et ça reste mieux que le “grand crac” 😉 ».

L’astrophysique, les étoiles et l’univers

L’astrophysique est continuellement rappelée dans l’ensemble du spectacle et pourtant, aucun spécialiste n’a participé à l’élaboration des textes. Grâce à Internet et à toutes les documentations susceptibles d’être trouvées à qui les cherche, l’inspiration a fusé. Renaud et Daniel ont tenté d’être au plus proche de la réalité « même si les astrophysiciens vous diront que le big crunch est une théorie dépassée, et que plus personne n’y croit aujourd’hui. » Rien de bien dérangeant là dedans (mis à part pour les puristes), car le côté scientifique n’était absolument pas le principal, « l’argument astrophysique dans Big Crunch est avant tout poétique » et cela fonctionne à merveille. D’ailleurs, bon nombre de personnes du public sont ressorties du spectacle des étoiles pleins les yeux !

Et maintenant ?

Après un peu plus de deux ans de travail d’équipe acharné, le rideau s’est baissé sur des notes plus que positives. « Les retours des gens après le spectacle, très nombreux et souvent très émotionnels, nous ont énormément touchés » révèle Daniel. Toute l’équipe de Big Crunch a ressenti « une immense joie et de la reconnaissance. Rien ne nous assurait de faire salle comble tous les soirs. Toute l’équipe a mis la main à la pâte, ça a été une aventure fantastique ». Les émotions présentes tout au long de cette comédie musicale ont fait passer les spectateurs du rire aux larmes, ne laissant personne de marbre.

Bonne nouvelle ! Il se dit que Big pourrait reprendre du service dans d’autres théâtres. Avec de la chance, un public plus large pourra découvrir ce spectacle qui vaut la peine d’être vu. En attendant, pour les amoureux des chansons, les curieux et ceux qui souhaitent soutenir ce spectacle, un CD est en cours d’enregistrement. L’aventure continue !

Petite mise en bouche avec la chanson “Premier souffle” interprétée par Aude Gilliéron et Kim Nicolas (qui joue entre autre le rôle de Thomas).


Ça vaut le coup d’œil…

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