Au Nord, c’était les Corons

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Tout comme dans l’ode aux gueules noires du siècle dernier par le regretté poète Pierre Bachelet, Lausanne possédait elle aussi une mine. Cette dernière, sise à la place Pépinet, ne risquait pas le coup de grisou même s’il n’en était pas moins périlleux de s’y rendre. Malheureusement aujourd’hui tout risque est écarté.

C’est en sortant d’une grande librairie Lausannoise que j’ai découvert avec surprise que « La Mine » avait disparu, cédant la place à un énième bar lounge. Ce changement peut sembler anodin de prime abord mais il reflète une triste réalité Lausannoise qui consiste à voir disparaître ses débits de boissons à forte identité au profit de cette misérable mode du bar lounge accompagné de sa musique d’ascenseur.

En même temps il faut relativiser, ce n’est pas non plus aussi important que la fin du fascisme dans le monde ou la retraite de Didier Cuche mais le phénomène reste inquiétant car, au final, c’est la diversité de l’offre qui diminue comme peau de chagrin en nivelant par le bas le choix des sorties nocturnes lausannoises.

La Mine » tu l’aimais ou tu n’y allais pas, mais l’estaminet avait pour lui d’être plutôt pittoresque avec son ambiance glauque, ses punks à chien, son alcool pas cher, sa musique trop forte, ses chiottes miteuses et son panel disponible de substances en tous genres. Aujourd’hui, l’inexorable avancée hygiéniste fait son œuvre et l’endroit ressemble à un showroom pour magazine de décoration où chaque chose est à sa place et où toute trace d’originalité est éradiquée pour permettre aux cons de se sentir en sécurité dans un environnement aussi rassurant que neutre. La norme voulant que ce type d’environnement puisse se retrouver décliné à l’identique partout dans le monde sans que les adeptes de ces cadres stéréotypés ne prennent le moindre risque de se sentir désécurisé par trop d’audace.

Le paradoxe, dans cette triste constatation, c’est que mon âge canonique commence à sérieusement réduire mes aventures nocturnes dans la capitale, préférant aujourd’hui déguster des grands crus classés avec un repas interminable de plats plus raffinés les uns que les autres. Mais malgré ma momification avancée, une vieille tradition me faisait descendre à la Mine tous les 20 novembre pour un festival de tequilas enquillées à vitesse grand V. Comment vais-je faire maintenant, lorsque je voudrai m’encanailler dans la marche funèbre de la jeunesse suicidaire ?

J’ai abandonné l’idée de comprendre comment il est humainement possible de se mettre minable dans un environnement aussi improbable. Comment sérieusement réussir à se lâcher dans un décor aussi asceptisé en buvant un cocktail à base de litchi tout en écoutant une compilation « Buddha Bar  friendly». Ça me donne juste envie de m’écouter « La Ronde de Nuit », encore une vieille chanson, qui pourrait être adaptée aux nuits de la capitale vaudoise car avec la prolifération de ce genre d’endroit, Lausanne ne vas pas tarder à crever d’ennui…

  1. Avatar
    Lucas
    | Répondre

    Excellent coup de gueule. Et je lève mon verre métaphorique à tout ces rades que j’ai aimé avant.

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