Attaque contre la liberté d’expression aux TL

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Ce lundi aura lieu au Palais de Justice de Montbenon la première audience d'un conflit opposant Aïssam Echchorfi, conducteur de bus pour la Société des Transports publics Lausannois (TL), et la direction de cette même entreprise.

L’employeur d’Aïssam l’a récemment menacé de licenciement et a bloqué les augmentations de salaires auxquelles il avait droit. La raison invoquée : la diffusion et le contenu de deux e-mails et d’un SMS qu’il a envoyé à ses collègues dans le cadre de son activité syndicale. Sa direction lui reproche également d’avoir posté une poésie engagée peu à ses goûts sur sa page facebook, poésie dans laquelle il ne fait d’ailleurs pas allusion à son employeur. Au-delà même du contenu de ces échanges qui ne peut être ici dévoilé, l’accusé s’insurge contre l’accès de son entreprise à ces messages, et le fait de ne pas pouvoir s’exprimer librement. S’estimant attaqué dans l’exercice de ses droits légitimes, Aïssam a porté plainte afin que son employeur, dont les propriétaires sont des collectivités publiques locales, abandonne les sanctions prises à son égard. Nous l’avons rencontré.

Pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu revenir sur la raison de ton engagement dans le syndicat SEV (syndicat du personnel des transports) ?

Aïssam Echchorfi : Je travaille aux TL depuis sept ans, et je suis syndiqué depuis le début, la question ne se posait presque même pas ! Il y avait déjà beaucoup à améliorer et depuis mon arrivée, la situation n’a fait qu’empirer. Je vais te donner un exemple : nos horaires sont fixés en fonction des besoins de l’entreprise, ce qui nous fait souvent des journées de 12 heures, payées sept à huit heures, avec des pauses non comptées pendant les heures creuses. Ça n’aurait pas été possible avant, maintenant c’est devenu normal. Pour s’organiser face à ces directives décidées « en haut », il fallait reconstruire la section syndicale, car elle restait sur une affaire de détournement de plusieurs dizaines de milliers de francs par l’ancien comité. Bien sûr, pour eux, la direction laissait faire. Il a donc fallu remotiver les collègues qui étaient partis, souvent dégoûtés, ce qui est bien compréhensible. Nous avons plutôt bien réussi, les gens reviennent…

C’est donc cela que l’on te reproche ?

A. E. : Depuis le début, notre équipe du SEV fait un travail au plus près des collègues, en essayant d’être proche des membres, en les incitant aussi à ne pas se laisse faire, en organisant quelques actions de protestation. L’entreprise cherche depuis longtemps à nous empêcher d’agir, ou même tout simplement d’informer. Le minimum lorsqu’on fait du syndicalisme est pourtant bien de diffuser des informations ! A partir de quelques éléments, la direction a constitué un dossier sur moi. Ce qui est déjà inacceptable, puisqu’elle a utilisé des données auxquelles elle ne devrait même pas avoir accès : une publication sur ma page facebook, deux e-mails envoyés à des collègues et un sms. Ce dont elle dispose contre moi est ridicule, elle m’accuse aussi de faire du « syndicalisme anormal » … 

En Suisse, c’est un compliment!

A. E. : Je me demande ce que peut bien être du syndicalisme « normal » ! Des collabos ? Ou des corrompus, comme avant ? Mes collègues soutiennent mon « syndicalisme anormal », vue qu’ils m’ont élu avec près de 72% des voix à la commission du personnel il y a à peine quelques semaines. Mais la direction raconte partout que je suis intolérant avec mes collègues ! C’est absurde ! Après de vaines tentatives de conciliations avec mon employeur, je ne tenais pas à rester sur la défensive : j’ai décidé de porter plainte aux Prud’hommes et je suis déterminé à aller au bout de ma démarche car je suis dans mon droit et ma légitimité.

Tout à fait, mais les patrons font souvent ce qu’ils veulent dans ce pays ! A Genève, on se souvient de Marisa Pralong, syndicaliste Unia à Manor, licenciée pour avoir simplement dit à la presse quelles étaient les conditions de travail des caissières dans la grande distribution. Qu’en penses-tu?

A. E. : C’est une honte, d’ailleurs contradictoire avec la convention 98 de l’OIT sur la liberté syndicale et la protection des représentants syndicaux, convention pourtant signée par la Suisse. C’est pour cette raison que je veux me battre, et pas seulement par rapport à mon cas. Si je saute, qui sautera après ? Le but est bien sûr de nous faire baisser la tête, de nous décourager à vouloir faire valoir nos droits. Mais je suis confiant : les peuples égyptiens et tunisiens ont désormais montré au monde entier que lorsqu’on fait tomber le mur de la peur, même les dictatures les plus sanguinaires ne peuvent rien faire et s’écroulent !
 

La première étape judiciaire de cette affaire aura lieu ce soir, en fin d’après-midi. A suivre.   

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Gwen

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