Assistance sexuelle : le droit de jouir, même en étant handicapé

Posté dans : Société | 6
La sexualité des personnes handicapées : un tabou à la peau dure? Il y a un an, l'assistance sexuelle pour les personnes handicapées voyait pourtant le jour. Interview de Catherine Agthe, instigatrice de la formation d'assistant-e-s sexuel-le-s en Suisse Romande.

Rampes et élévateurs pour les personnes à mobilité réduite ou place de travail dans les grandes surfaces pour des jeunes ayant un retard mental, tout porte à croire que l’intégration des personnes handicapées est en marche. Malgré tout, un droit reste peu reconnu pour la population dite invalide : le droit au sexe.

Le corps des handicapés physiques est très souvent pris en charge par les soignants. Il est nourri, lavé, changé… seule la zone sexuelle n’est pas considérée. Quant aux handicapés mentaux, c’est tout juste s’ils ne se font pas engueuler lorsqu’ils se tripotent. Une grande majorité de la population ne conçoit pas, ou peu, qu’un-e handicapé-e ait des besoins sexuels. Or, un handicap n’annihile pas le désir!

Pour lutter contre le « néant sensuel » chez certaines personnes en situation de handicap, Catherine Agthe, sexopédagogue et présidente de l’association genevoise « Sexualité et Handicaps Pluriels » (SEHP), a décidé, il y a un an, de mettre sur pied une formation en assistance sexuelle. Décryptage.

« Redécouvrir des zones de plaisir »

Pour Catherine Agthe, les demandes formulées auprès des assistant-e-s sexuel-le-s varient selon les handicaps.

Dans la grande majorité des cas, ce sont des personnes handicapées physiques qui ont le plus recours à leurs prestations. « Pour un myopathe ou une personne ayant une sclérose en plaques, c’est la sensualité du corps à corps qui est recherchée, car la pénétration n’est plus possible. Beaucoup cherchent de la tendresse, d’être serrés dans des bras… Le but pour des personnes qui ne ressentent rien au-dessus de la ceinture, car complètement paralysées, est de redécouvrir des zones de plaisir ailleurs dans le corps » explique la sexopédagogue.

En ce qui concerne les handicapés mentaux, la tâche est plus difficile car « il existe une marge entre ce qu’ils demandent et ce qu’ils veulent vraiment ». Afin de décrypter leurs besoins, les assistant-e-s sexuel-le-s peuvent présenter des poupées (masculines ou féminines) dotées d’attributs génitaux. Ces personnes handicapées décrivent alors ce qu’ils aimeraient faire (par exemple, « voir les seins d’une femme ») ou ce qu’ils aimeraient que les accompagnateurs/trices érotiques leur fassent (comme « être caressé avec une plume »). Selon Catherine Agthe, les handicapés mentaux sont, dans bien des cas, en quête de sensualité et essaient d’expérimenter leur corps. La présence d’un-e assistant-e est alors souvent indispensable : « Un handicapé mental qui n’arrive pas à se masturber, par crainte ou parce qu’il n’arrive pas à se concentrer sur une chose à la fois, peut même se blesser sans jamais parvenir à l’éjaculation. Un assistant sexuel pourra alors montrer au jeune homme comment se masturber. Une fois cette frustration sexuelle disparue, on note fréquemment qu’il devient moins violent, plus calme ».

L’assistance sexuelle reste particulièrement délicate, lorsqu’il s’agit de personnes possédant un handicap psychique (psychose, schizophrénie…). Celles-ci sont en effet souvent confrontées à un « désert affectif et relationnel », elles risqueraient de projeter des fantasmes sur les assitant-e-s. C’est pourquoi, l’assistance concerne moins cette catégorie.

Regagner l’estime de soi

A l’instar des Pays-Bas et de l’Allemagne, l’assistance sexuelle est légalisée en Suisse. En France, même si plusieurs associations de handicapés souhaitent voir implanter ce métier, ce dernier est souvent assimilé à de la prostitution. Pour Catherine Agthe, cette comparaison n’a pas lieu d’être. Même si cette assistance reste rémunérée, « elle se distingue de la prostitution car les assistants-e-s sexuel-le-s ont été sélectionné-e-s sur la base de critères précis [1] et ont dû suivre une véritable formation, payante et de plusieurs mois. En plus, les besoins des bénéficiaires sont toujours évalués par l’assistant-e, ce qui demande un temps d’écoute préalable. Ce n’est pas un acte rapide et minuté, mais un accompagnement adapté érotique ». Elle précise : « en principe la fellation et la pénétration ne font pas partie du catalogue de prestations. Toutefois, l’assistant reste libre et doit rester conscient des conséquences éventuelles s’il les pratique ».

La formation d’assistant-e-s sexuel-le-s a connu un accueil mitigé au sein des associations de parents et auprès des handicapés eux-mêmes. Certains considèrent que la sexualité doit rester une affaire privée. D’autres voient dans cette assistance, le moyen de suppléer à un manque et la reconnaissance du droit d’avoir, « comme tout le monde », du désir.

Cet accès à la sensualité et à la sexualité pour les personnes handicapées, apporterait, selon Catherine Agthe, bien plus qu’un moment de plaisir. Il permettrait de valoriser une image souvent dégradée. « Après qu’un assistant sexuel ait vu nue et ait touché une personne amputée, cette dernière a regagné l’estime de soi une fois dénudée. L’accompagnement sexuel doit amener la personne à reprendre confiance en elle, en lui offrant l’assurance nécessaire pour aller vers autrui, vers la rencontre amoureuse ».

Quel avenir pour l’accompagnement sexuel des handicapés ?

La Suisse Romande n’a formé, pour l’instant, qu’une seule volée d’assistants sexuels diplômés. Outre-Sarine, Pro-Infirmis, qui avait lancé un projet de formation similaire, a dû déchanter. De nombreux donateurs habituels, ayant assimilé les assistants sexuels à des voyeurs ou des prostitués, ont coupé les vivres à l’association qui a vu son budget diminuer de 400’000 francs.

Il semblerait donc que les mentalités ne soient pas prêtes à évoluer. Le tabou de la sexualité des handicapés reste encore bien vivace.

[1] Douze candidat-e-s ont été sélectionné-e-s, sur les quarante dossiers présentés et dix d’entre eux/elles sont allé-e-s au bout de la formation (six hommes et quatre femmes). La sélection s’effectuait selon divers critères comme : venir d’un environnement professionnel si possible en lien avec le corps (physothérapeute, infirmier, masseur…); avoir rencontrer sur son chemin de vie des personnes ayant un handicap et avoir saisi leur frustration sexuelle; avoir un autre travail, pour que l’assistance sexuelle ne réponde pas en premier lieu à des critères financiers; avoir minimum trente-cinq ans, posséder une capacité d’introspection. La sélection s’effectuait également sur la base de travaux écrits et d’un entretien avec des personnes handicapées.

Florence

6 Responses

  1. Philippe de WILDE
    | Répondre

    Madame,

    Votre présentation de l’assistance sexuelle est très incomplète et tronquée. 

    Sur mon blog, vous trouverez les écrits inquiétants que les promoteurs du système s’efforcent de faire oublier :

    http://assistance-sexuelle.blogspot.com

    Que pensez-vous des préconisations et des actes dont il est question au “Lien G” ?

    Avec mes remerciements anticipés pour votre réponse,

    Philippe de WILDE
    p.springfield@hotmail.fr

    • florence_metrailler
      | Répondre

      Cher P. de W.,

      Je crois que votre blog a déjà suscité la polémique cet été et que vos allégations ont été qualifiées “d’infondées et de calomnieuses”.

      Ne voulant pas rentrer dans un débat sans fin, j’invite simplement les lecteurs et lectrices du LBB à lire l’article ci-dessous, paru dans “La Liberté” en juillet 2010 :

      “Le faux scandale de l’assistance sexuelle pour les handicapés”
      http://www.assistancesexuelle.ch/PDF/La_Liberte.pdf

      Merci!

      • Philippe de WILDE
        | Répondre

        Madame,

        Je vous demande de démontrer que ces écrits n’existent absolument pas.

        Philippe de WILDE
        p.springfield@hotmail.fr 

      • PhilippedeWILDE
        | Répondre

        Madame Métrailler,

        Vous n’avez toujours pas démontré que ces écrits n’existent absolument pas.

        Je vous informe que le Dr Muriel Salmona est psychiatre-psychothérapeute. Spécialisée en psychotraumatologie, elle préside l’association Mémoire traumatique et Victimologie

        En mars 2011, dans Clara Magazine et sur son blog, elle déclare : ” Instrumentaliser sexuellement une personne est une des violences les plus graves et les plus traumatisantes. Il est illusoire et criminel de penser que l’on pourra contrôler et empêcher de très graves violences sexuelles si l’on autorise une assistance sexuelle aux personnes handicapées. “

        http://stopauxviolences.blogspot.com/2011/03/interview-de-muriel-salmona-dans-clara.html

        Autrement dit, c’est en toute connaissance de cause que vous cautionnez un système éminemment dangereux et intrinsèquement pervers.

        Philippe de WILDE

  2. Philippe de WILDE
    | Répondre

    Un article de 2012 révèle l’existence d’abus sexuels. Dans cette interview, Catherine AGTHE DISERENS passe enfin aux aveux.

    Face à la réalité des faits, elle reconnaît avoir dû modifier ses préconisations.

    En effet, dans son livre de référence, elle prônait avec Françoise VATRE la commission d’actes sexuels, en réunion, sur des adolescents autistes profonds :

    http://www.faire-face.fr/archive/2012/04/05/vient-de-paraitre-assistance-sexuelle-et-handicaps-au-desir.html

    • Sara
      | Répondre

      Bonjour,
      Je vous remercie de votre complément d’information. Toutefois, je me demande ce que vous voulez obtenir par vos commentaires parfois insistants.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.