Arrêtez de fumer ou vous finirez tous par vous piquer!

Posté dans : Politique | 8
Président des jeunes UDC Vaudois, Kevin Grangier nous livre sa politique du chanvre. Le jeune politicien n'a décidément pas la main verte.

Il a 23 ans et toutes ses dents, contrairement à celles de Monique, fidèle consommatrice de produits illicites, rencontrée plus tôt dans la journée à la Riponne. Lui, c’est Kevin Grangier, président des jeunes UDC vaudois et porte-parole adjoint du parti Suisse. C’est à Vevey, par un froid mordant, que je devais rencontrer le jeune loup de la politique et farouche opposant aux initiatives soumises au vote le 30 novembre. En ce samedi matin, jour de marché, la ville de l’Est Lémanique fait figure d’étape pour la délégation des jeunes de la droite extrême. Fausses seringues en main et slogans chocs, ils interpellent le badaud. Sur la place, face au stand, j’attends mon invité. Retenu à Berne, celui-ci s’excuse de ne pouvoir être présent à l’heure. Ce sera à Lausanne, un peu plus tard finalement, que je le rencontrerai. Avant le retour, j’en profite tout de même pour prendre une fausse seringue et un stylo. Ca sera pour Monique, si je la recroise. Ca la fera rigoler.

C’est donc en millieu d’après-midi, dans un café de la gare de Lausanne, que Kevin Grangier fait son apparition. Eprouvé par le choc thermique, il commande rapidement les cafés avant de me livrer ses arguments (très discutables) sur le sujet du jour: le cannabis. Une discussion d’une petite demie-heure qui me fait réfléchir, non pas sur l’initiative, mais sur la manière dont le jeune UDC cultive la peur, joue d’amalgames et de raccourcis.

Pourquoi ce refus de légaliser le chanvre?

Ce produit là, il n’y a aucune raison de plaider en faveur de sa légalisation. Qu’on soit clair. Je ne remets aucunement en cause la liberté individuelle à en consommer chez soi, mais légaliser le chanvre, c’est tout bonnement une aberration.

Pour quelle raison?

Elles sont nombreuses. Tout d’abord ce qui me choque, c’est que l’on va donner un cadre légal à la pratique actuelle. Si l’initiative est approuvée, le message de l’Etat se résumera ainsi à cautionner cette drogue. C’est tout bonnement choquant, car il doit jouer un rôle fort de référence. Dans ce cas, la référence, c’est le cannabis.

L’Etat n’est-il pas également responsable de l’hypocrise qui règne en la matière et du flou juridique qui plane sur une autorisation ou non d’en consommer?

La Suisse est très libérale en la matière, trop à mon goût. On l’a vu à plusieurs reprises, ce n’est pas une politique qui paie.

Par exemple?

En libéralisant le chanvre, on peut être sûr que la pratique sera banalisée. Même si je cautionne le fait que chaque personne a le droit d’en consommer chez soi, je pense que la liberté individuelle doit avoir ses limites. Regardez la Hollande et les conséquences d’une surlibéralisation. On compare souvent la Suisse à Amsterdam. Résultat, la loi hollandaise est en train de revenir en arrière. De la théorie à la pratique, on voit bien qu’il y a de grandes différences et de grosses conséquences.

Peut-on vraiment comparer la situation des deux pays? Ne dramatisez-vous pas la situation?

Les conséquences nocives du produit ne sont plus à démontrer. Ca rend schizophrène et dépressif. Conséquences de ces maladies? L’incapacité, et c’est le contribuable qui paie.
(L’UDC estime que la consommation de cannabis accroît de 40% les risques de troubles psychiques. Selon eux, près de la moitié des rentiers AI le sont devenus en raisons de maladies psychiques.)

(sceptique) Quoi d’autre?

La porte ouverte aux drogues dures (Ahhhhhh! D’où la seringue. J’y suis maintenant) mais encore les conséquences sur l’image de la Suisse. Cette dernière serait, s’il y a dépénalisation, la Mecque européenne de la drogue. Cela veut dire plus de criminalité, de violence, de saleté et de désordre…..

On l’aura donc compris. Ne dépénalisez pas le cannabis sinon c’est la fin de l’Etat, la hausse des primes d’assurances-maladie, trop d’étrangers, la gabegie et la violence. A quand la guerre civile? Il est temps d’aller me changer les idées. Tiens j’vais voir si Monique a le temps d’aller prendre un café.

Mehdi Atmani

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Mehdi

8 Responses

  1. lie
    | Répondre

    Excellent, j’adore la Suisse, pays où même des types d’extrême droite peuvent dire “Qu’on soit clair. Je ne remets aucunement en cause la liberté individuelle à en consommer chez soi” les bras m’en tombent !
    Après, tout le bobard démago sur la fumette qui conduirait inévitablement à l’héroïne, on a les mêmes à la maison. Il faudrait communiquer à ce monsieur toutes les recherches scientifiques et conclusions très positives des biens faits de la ganja sur différents problèmes de santé, comme améliorer les effets secondaires  de la chimio par exemple.

    • romuald
      | Répondre

      Je doute tout de même que les millions d’Européens consommateurs d’herbe-qui-fait-rire soient tous atteints de maladies nécessitant une médicalisation par le cannabis…

      Je ne suis pas médecin ni consommateur, donc j’ignore les effets exacts du cannabis sur la santé.
      Mais je me rappelle qu’à l’armée, on s’employait à traquer les chichons surtout chez les chauffeurs généralement antillais et juste avant les sorties dans la verte avec exercices de tirs à la clé.
      Il doit bien y avoir un rapport entre la consommation et des effets négatifs non?

      Maintenant, il existe une certaine hypocrisie à propos des drogues puisque les drogues qui tuent le plus en France (je ne connais pas les chiffres en Suisse..) sont l’alcool et le tabac: 100.0000 morts dites “évitables” par an. 100.000 morts. Quel est le coût financier des soins liés au tabagisme et à l’alcoolisme, ça doit être assez effrayant.

      Les taxes frappant alcools et tabacs rapportent à l’Etat annuellement 12 milliards d’€, soit environ 20% des recouvrements perçus par la douane. 12 milliards d’€ qui contribuent comme les 50 milliards autres € de taxes diverses (TIPP etc) au Budget de l’Etat..
      Or où sont produites ces drogues que sont alcool et tabac? sur le territoire national. Si le cannabis était produit en France, nul doute qu’il serait légalisé et dépénalisé. Et taxé..

      Après, trouver formidable la libéralisation des drogues, bof.
      Pourquoi les gens boivent, fument? pour échapper à un quotidien pesant, à des pressions ou encore à une vie pas facile.
      Envier la situation aux Pays-Bas ou en Suisse, c’est admettre que le seul échappatoire à une vie pas folichonne, c’est la drogue. Triste horizon.

      Dernière chose, les trafiquants de drogue mais aussi patrons de l’industrie du tabac sont des ultra-capitalistes. Ils se font du blé sur votre dos, fumeurs, et vous en redemandez même lorsque les prix augmentent à leur demande.
      C’est dire votre dépendance..

      Après, tout le bobard démago sur la fumette qui conduirait inévitablement à l’héroïne, on a les mêmes à la maison.

      Si les saisies de cannabis restent les plus importantes saisies de drogue en France, celles concernant la résine diminuent tandis que l’herbe progressent. Mais pas autant que les saisies frappant le trafic de cocaïne et, plus encore, l’héroïne.

      • lie
        | Répondre

        Que les choses soient claires Romuald, je ne suis pas en train de faire l’article sur la came, mais je trouve leur approche plutôt pragmatique et non démagogique (tu n’avais pas lu le post d’Axel sur les mamies en Floride soignant leurs bobos en fumant de la beu ? ). 
        Après, forcément qu’il y a des effets négatifs, mais pas plus que si tu bois un verre de pif à table, par contre si tu te tapes la bouteille ou 10 pets la journée, là t’es plus très frais. Je ne savais pas que le tabac était produit chez nous, pour la marijuana “Si le cannabis était produit en France, nul doute qu’il serait légalisé et dépénalisé. Et taxé..” ça pousse partout et je te raconte pas les débouchés que ça pourrait faire, sans parler des taxes etc.
        Je ne trouverai pas la légalisation formidable faut pas exagérer mais le problème mérite d’être posé, surtout quand on voit que la France est le pays européen le plus répressif tout en ayant le plus de consommateurs, c’est qu’il y a un problème quelque part.
        Je ne suis sûre de rien, mais avec un système ultra contrôlé, des produits garantis français, non coupé (le danger vient de là surtout) peut-être que ça mettrait un frein à toute une délinquance, aux mafias diverses, aux caïdas de banlieue ?
        Pour ta conclusion, il n’y a pas de lien entre la conso de “douce” et la drepou, la coke qui touche une clientèle de plus en plus jeune à des prix plus qu’ attractifs, a remplacé le pétard, par contre je ne savais pas que l’héroïne était encore en progression, je pensais plus aux trucs bien chimiques comme les extas.

        • romuald
          | Répondre

          Je ne savais pas que le tabac était produit chez nous.

          Jusque dans les années ’90, l’industrie du tabac était une industrie d’Etat (tu as sûrement entendu parler de la SEITA?): production, commerce.
          Puis la SEITA a été privatisée, et à l’aube de l’an 2000, elle s’est associée à son homologue espagnole dont j’ai oublié le nom; ce qui a donné l’Altadis. Altadis qui s’est fait racheté par le géant britannique Imperial Tobacco en début de cette année.

          Le tabac reste essentiellement cultivé dans le sud-ouest (Dordogne etc) et en Alsace.

          Je ne suis sûre de rien, mais avec un système ultra contrôlé, des produits garantis français, non coupé (le danger vient de là surtout) peut-être que ça mettrait un frein à toute une délinquance, aux mafias diverses, aux caïdas de banlieue ?

          Malheureusement non.
          Pourquoi les trafics se concentrent dans ces banlieues? à cause de la précarité, du contexte social. Et c’est sûrement idiot à dire, mais il est plus lucratif de dealer, que de gagner peu en se levant tôt pour aller bosser. Et encore, les petits revendeurs et les guetteurs ne sont pas forçément bien lotis.
          Le cannabis s’est tellement “démocratisé”, que les prix ont chuté au point qu’il ne constitue plus une drogue de choix, pour qui veut se faire du pognon. Un gramme de résine ou d’herbe se négocie environ à 5€ (désolé pour les Suisses, je ne connais ni les tarifs pratiqués en Suisse, ni le taux de conversion du Franc suisse!).

          L’héroïne “bénéficie” de la prolifique production afghane (surtout depuis 2001, hélas) qui permet de la revendre ultra-coupée en France entre 10 et 15€ le gramme. La cocaïne par contre est encore assez chère (plus de 50€ le gramme).

          Ajouté au fait que cannabis et héroïne ont des effets plutôt euphoriques et apaisants, alors que la coco stimule, ce que ne recherchent pas forçément les consommateurs déjà stressés par un contexte social violent.

          En tout cas, en légalisant et dépénalisant le cannabis, on coupe forçément l’herbe (c’est le cas de le dire) sous les pieds des trafiquants, qui se rabattront d’autant plus sur les drogues dites “dures”, comme héroïne et cocaïne donc..

          Bref pas évident ce problème de drogues; perso, je ne sais pas trop quelle approche il vaudrait mieux adopter..
          Aider au développement des principaux pays producteurs, pour commencer (Colombie pour la coco, Afghanistan pour l’héro et le cannabis*; Maghreb surtout Maroc et peu à peu l’Algérie, pour le cannabis également)..

          * Pour le cannabis en Afgha, c’est un ancien pote de régiment qui en est revenu récemment et qui m’a relaté l’info comme quoi il y avait de vastes champs de cannabis là-bas..
          Mais comme ces champs de cannabis se trouvent dans une zone en ce moment humide (Kandahar, sud-ouest de Kaboul), il est quasi-impossible de les détruire en les bombardant/incendiant puisque gorgés d’eau..

          • lie
            |

            Si j’ai bien comprit ton com Romuald, tu penses que la légalisation du cannabis ne freinerait pas la petite délinquance parce qu’ils passeraient au stade supérieur ? C’est possible en effet, mais je suis sure qu’il y a un tas de petits trafiquants qui font ça pour leurs conso perso et pour arrondir les fins de mois, alors que passer dans le camps du deal de came, c’est nettement plus risqué à tous les points de vue et vis à vis de la loi et aussi dans la fréquentation des grossistes.

  2. Charles
    | Répondre

     Les arguments de ce “jeune UDC”* sont en effet discutables. Et ce type semble clairement être un peu limité.

    Mais il prend le temps de répondre à des questions, qui plus est pour un blog qui n’est pas une tribune médiatique de grande ampleur. Il argumente.
    Pourquoi alors le tourner à ce point en ridicule? 
    Ce mec dit des choses extrêmes, et c’est très gênant, voire inquiétant. Mais le jeu de l’interview implique un certain respect préalable pour son interlocuteur. Quel qu’il soit. Et un chouillat d’impartialité, même sur internet. Même sur un blog. Ce “jeune politicien” est grossièrement ignorant, cela se passe d’explications et de commentaires.
    Pas la peine de tout surligner au stabilo (genre “On l’aura donc compris, blablabla”). 

    L’excès de parti-pris dans ce post réduit sa portée à néant. Dommage.

    *bel oxymore.

    • fleks
      | Répondre

      J approuve Charles.
      C est plus un article-interview, c est un clouage au pilori du jeune UDC.
      Du cote scientifique de la force (pubmed pour plus s informer), on peut parler d eventuels bienfaits du cannabis, mais egalement d effets nocifs. Il faut arreter de deconner: le cannabis c est pas non plus la panacee universelle.

      En dehors de cela, je l ai pas trouve tres convaincant Kevin Grangier. Et son comparatif avec la Hollande??? C est sense etre l enfer sur terre la bas?

      • Ihssan
        | Répondre

        La liberté des uns s’arrête quand commence celle des autres…Ca dit tout

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