Algérienne cherche emploi suisse assidûment

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Quand on est diplomée et que l'on vient en Suisse pour travailler, pas d'autres choix que de tout recommencer. Un constat bien connu de bons nombres d'étrangers... et de Kahina.

J’ai étudié à l’école publique en Algérie durant seize ans. Mon parcours scolaire s’est clôturé par l’obtention d’une licence en Sciences de l’Information et de la communication, option : communication et relations publiques. J’ai exercé la profession de journaliste durant cinq années au cours desquelles j’ai beaucoup galéré et vécu de folles aventures.

Avant de quitter l’Algérie pour la Suisse, je savais bien que mon diplôme n’y serait pas reconnu et que mon CV y serait jugé comme étant aussi léger qu’une pâte feuilletée. Je n’allais pas seulement commencer une nouvelle vie mais remettre carrément le compteur à zéro. Je me suis d’abord renseignée sur les modules proposés par les écoles suisses. Ces recherches m’ont clouée sur mon siège à chaque fois que je découvrais le prix des formations. Ensuite, j’ai pioché du côté du marché de l’emploi. Passionnée par le milieu de la communication et du marketing, je voulais trouver dans un premier temps un emploi en tant qu’hôtesse d’accueil. Quelle surprise de recevoir rapidement une réponse à l’annonce mise sur internet alors que je n’avais pas encore quitté mon pays. Je me suis dit que l’avenir s’annonçait sous de bons hospices. La réponse est venue du Valais. Après l’échange de quelques courriels, je n’avais toujours pas compris ce que l’on me proposait. J’ai mis une seconde annonce intitulée « cherche à faire valoir ses compétences ». J’ai reçu des messages de sympathie d’un couple qui m’encourageait dans ma démarche. Au bout du compte, il s’agissait d’indépendants qui recherchaient un représentant pour développer leur affaire sans avoir à lui assurer de salaire fixe mais juste une rétribution à la commission.

Très attachée à mon métier de journaliste, j’ai voulu voir du côté de la presse écrite. Le Matin était à la recherche d’un journaliste. Un critère a retenu mon attention : le permis de conduire. Vu ma phobie du volant, je n’ai pas pu donner suite. Un journal local recherchait un Journaliste RP. N’étant pas au bénéfice de ces lettres de noblesses que sont RP, je n’ai pas été retenue.

En arrivant en Suisse, le baromètre du chômage affichait en mai 2002 quelques 90 000 personnes sans emploi. Je savais que cela n’allait pas être évident mais je ne pensais pas que sept ans après je serai encore à la recherche d’un emploi fixe ! Je me suis inscrite à la Cefco, à Lausanne. J’ai choisi les modules de marketing, management et ressources humaines. Ce fut pour moi une expérience extraordinaire et fort enrichissante. Les professeurs étaient très à l’écoute de leurs étudiants et ne négligeaient pas le fait d’avoir dans leur classe des étrangers qui ont besoin d’explications approfondies. Et cela m’a été d’un grand secours pour me faire une idée du système suisse. Il faut comprendre que j’ai débarqué en terre d’Helvétie en plein débat sur l’AVS. Moi qui étais habituée, en Algérie, à un système où à la fin du mois on reçoit son salaire net, les charges sociales comprenant : impôts sur le revenu global, cotisation à la caisse de retraite, cotisation à la sécurité sociale, prélevées et versées directement par l’employeur. Puis, je découvre l’AVS version suisse. J’ai fait d’énormes efforts pour comprendre ce que c’était, d’où ma concentration totale durant le cours de Ressources humaines lorsque ce chapitre était à l’ordre du jour. J’ai fini par réaliser que j’avais de très très longues années de cotisations devant moi. Mais pour pouvoir cotiser, il fallait d’abord trouver un emploi. Et croyez-moi, la pilule a été difficile à digérer. Pourquoi ? Je vous invite à lire la suite.

Je me suis inscrite auprès d’agences de placement qui ont observé un silence assourdissant. Je ne compte pas non plus le nombre de places auxquelles j’ai postulé. Je devais faire face constamment à des centaines de concurrents. Je pensais que mes diplômes suisses allaient plaider en ma faveur. Ce ne fut pas le cas, même cette fois où nous n’étions que deux concurrentes. J’ai juste reçu une lettre dans laquelle on m’explique que c’est l’autre candidate qui a été choisi puisqu’elle avait un CFC d’employée de commerce.

Question d’expérience

Le plus difficile est de faire face à un argument de taille : l’expérience en Suisse. L’expérience s’acquièrt pourtant avec le temps et si personne ne me donne une chance, elle ne risque jamais de voir le jour. Je passais au peigne fin les suppléments emploi des journaux. Je trouvais de nombreuses propositions portant sur la vente par téléphone n’excluant pas les débutants. J’ai essayé l’une d’elles pour arrêter au bout de deux jours. Le patron m’a dit que je devais faire un essai durant deux semaines et qu’ensuite un autre postulant ferait de même. Et si ce dernier est pris, l’entreprise n’était pas tenue de me verser le pourcentage sur les ventes que j’aurais pu réaliser ! Il y a eu aussi ce Monsieur qui me proposait de me former rapidement à une technique de massage. Et là encore, je n’aurais droit qu’à un petit pourcentage et qu’il se réservait le droit d’empocher la moitié de mes gains si je venais à décrocher des marchés pour lui…Il y a eu les sociétés de téléphonie pour lesquelles il fallait amener de nouveaux clients en les abordant dans la rue. Je devais me déplacer d’une ville à une autre avec dix francs suisses en guise de frais de déplacement et un salaire brut microscopique. Les instituts de sondage n’étaient pas non plus très généreux. Au bout du compte, j’ai réalisé que travailler pour perdre de l’argent, ce n’était pas pour moi.

J’ai fini par me rabattre sur le travail à l’appel que je n’ai d’ailleurs jamais lâché. Le travail à l’appel ou sur mandat (c’est plus joli à prononcer) nécessité une grande disponibilité et de la flexibilité. Si vous n’êtes pas sollicitée, c’est zéro franc à l’horizon ! Cela me fait tout de même du bien de me lever le matin en me disant «Aujourd’hui, je vais aller travailler ».

Un jour, le téléphone finit par sonner. Je suis enfin convoquée à un véritable entretien d’embauche dans un secteur que je maîtrise. Le rendez-vous est fixé un vendredi à 15h30. Mais on me rappelle deux jours après pour annuler ma candidature car il fallait être en possession d’un permis de séjour C alors je ne disposais que d’un permis B. Certes, le fait d’avoir été éliminée par une lettre d’alphabet était rageant, mais le fait de savoir que mon dossier ait été sélectionné parmi 500 autres a fait du bien à mon égo !

Kahina Messiaux

5 Responses

  1. AngéliqueA.
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    Pas facile la vie, mais tout vient à point pour qui sait attendre.
    Je vous souhaite de tout coeur de trouver le job de vos rêves.

    • Anonyme
      | Répondre

      ca fait 7 ans quand même¨!

  2. Anonyme
    | Répondre

    Pas facile en suisse… Il annoncent 90 000 ou 100 000 chômeurs mais combien de personnes cherchent un emploi mais ne rentrent pas dans le décompte ??? C’est le cas de ma femme qui est française et qui a été mise hors du système après trois mois… Elle cherche du boulot et “une première exp suisse” mais c’est juste mission impossible, même en dehors de sa formation comme simple vendeuse par exemple. (Il lui manque le fameux “CFC Employé de commerce”)

    Qui plus est ce pays est extrêmement rétrograde envers les femmes, alors pensez les femmes étrangères en plus… Un seul conseil : se faire pistonner, rentrer dans des associations, construire un réseau, et finalement tomber sur quelqu’un qui connait quelqu’un qui….

    Bon courage en tout cas

  3. Alexandre
    | Répondre

    Tres dificile, de chercher un boulot en Suisse sans la experience. Ma femme (elle est allemande) aussi a cherché 5 ans, et toujours sans boulot.

  4. Martinez
    | Répondre

    Courage, la volontée paie. J’ai moi même chercher plusieurs mois avant de trouver finalement un travail qui me plait dans les montagnes neuchateloises

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