Alerte rouge

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L’alerte est donnée. Elle est rouge. Rouge comme la rougeole

Le site de l’université de Lausanne et celui de l’école polytechnique de cette même ville sont frappés par une épidémie de rougeole. On compte déjà près de quarante cas recensés dont six ont déjà conduit à l’hospitalisation du malade. Une campagne est lancée : « Trois jours contre la rougeole ». Les étudiants ont septante-deux heures pour se faire piquer l’épaule. C’est alors que du lundi 23 au mercredi 25 mars, on recense plus de mille quatre cent vaccinations à l’EPFL contre un peu plus d’un millier sur le site de l’université. Les « matheux » ont pris de l’avance. Mais tout n’est pas encore perdu puisque la campagne a été prolongée jusqu’au vendredi de la même semaine pour « laisser une chance aux retardataires », dixit le médecin cantonal Eric Masserey. 

Le risque d’épidémie n’est pas négligeable. En effet, le campus Unil-EPFL présente un potentiel épidémique de grande envergure. La proximité des élèves peut entraîner des chaînes de contamination difficile à briser. Le médecin cantonal estime que pour évacuer le risque d’une épidémie, « la couverture vaccinale » doit passer de 90% à plus de 95%. Pour atteindre ce chiffre, il faudrait compter sur un millier de vaccination supplémentaire. Le problème c’est que certains étudiants refusent la piqûre (ça pique). Une étudiante a préconisé la mise sur pied d’une cellule psychologique. De mon côté, je propose qu’on permette aux parents d’accompagner leurs enfants (ça pique moins fort).

Toujours est-il que la direction de l’EPFL a décidé d’annuler la 20e édition du Festival Artiphys. La mesure vise à empêcher tout risque d’élargissement de l’épidémie parmi les 1500 visiteurs attendus qui pour la plupart sont des étudiants du campus. Le Balélec, prévu le 8 mai, est aussi menacé par une sanction similaire. Il est ainsi rassurant de constater que les autorités compétentes apprennent des erreurs du passé. En effet, si le Doge (du latin dux, « chef ») de Gênes avait eu l’inspiration en 1346, comme cela a été le cas à l’EPFL, d’annuler le comptoir commercial de sa ville, les Tatars n’auraient pu ramener d’Asie centrale l’épidémie de peste noire. Mais à l’époque, le commerce et l’argent valaient mieux que des millions de morts. Aujourd’hui, Dieu soit loué, les mœurs ont changé.

Les mesures préventives ne s’arrêtent pas là. Même si un individu ne présente aucun signe de contamination, il peut, en cas de refus de vaccination, se voir refuser l’accès aux bâtiments universitaires pour une durée de trois semaines. Cette éventualité aurait des conséquences académiques pour l’individu privé de l’accès aux cours. A l’approche des examens, mieux vaut ne prendre aucun risque et se plier aux exigences. Reste à savoir comment les vigiles pourront différencier le « vacciné » du « non-vacciné ». À l’image des lépreux du Moyen-Âge, qui se promenaient avec une crécelle pour signifier leur arrivée au village, on pourrait obliger tout cas suspect à jouer du pipeau à l’approche de nos auditoires.

Mais en fait, c’est quoi la rougeole ? Le virus de la rougeole n’est ni plus ni moins un morbillivirus de la famille des Paramyxoviridae. (Je précise ici que cette dernière phrase est à relire avec modération. Elle est fréquemment la cause de maux d’estomac, des vomissements soudain et même, en cas d’abus répétitif, de mort par asphyxie). Le virus de la rougeole se transmet par les gouttelettes de toux en suspension dans l’air, mais peut également se propager par contact direct avec les sécrétions du nez ou de la gorge de personnes contaminées. Dans le second cas, le virus reste dangereux pendant environ trente minutes avant de mourir comme un vieux morpion tout pâle. En d’autres termes, pour éviter l’infection : évitez de manger une crotte de nez d’un mec tout rouge qui traîne dans l’auditoire. Et si la tentation est trop forte, attendez au moins une demi-heure.

Si, malgré toutes ces précautions, vous choppez la fièvre, le diagnostic est vite fait. L’apparition de tâches de Köplick (petites plaques rouges plus ou moins en relief laissant des intervalles de peau saine) d’abord sur le visage, derrières les oreilles, avant de s’étendre sur tout le corps, ne permet plus le doute : vous êtes en phase de contamination, les jeux sont faits. Sachez toutefois qu’on ne meurt pas de la rougeole mais des complications qu’elle entraîne (encéphalite, diarrhées et pneumonie). En espérant que ces dernières indications vous on rassurées, je vous laisse passer chez l’infirmière.

Thomas Epitaux

3 Responses

  1. Shervine
    | Répondre

     Enfin un article qui permet de prendre le cas avec un peu de rigolade, sachant que j’ai la conscience tranquille après ma 2ème vaccination l’an passé.
    Je me réjouis de lire les prochains articles du même auteur!
    Bien à vous, 
    Redman

  2. Fred.
    | Répondre

    Merci pour cet article profond sur un sujet délicat qui dépose ça et là des trésors de culture et d’humanisme, ni plus ni moins. Ma soirée – et peut-être même ma nuit – s’en trouvent déjà changées. J’attends avec impatience vos lumières sur d’autres sujets sensibles.

  3. OliverM.
    | Répondre

     Hahah magique l’article, magique!! 

    Love

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