Aladdin sur la vague de la slam mania : « Les nouvelles religions : iPhone, iPod, iTunes et iSlam »

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Trois mois de pause estivale pour les buveurs de vers, les amateurs de diatribes enragées ou encore les néophytes de poèmes larmoyants. Trois mois où l’encre a forcément eu le temps de couler sous les stylos. Alors, quand les soirées slam refleurissent côté Léman, les inconditionnels poseurs de phases répondent présents. Parmi eux, Aladdin, qui n’a pas hésité à marquer le coup et…le public, le premier soir de la saison 2008/2009. Rencontre avec ce passionné des mots dont les joutes oratoires risquent d’enflammer (à défaut de mille et une nuits) un mercredi soir par mois la capitale vaudoise.

Sans avoir encore ouvert la bouche, Aladdin impressionne déjà. Planqué sous sa casquette, derrière de grandes lunettes carrées, le jeune homme se tient droit et fier avant de balancer son flow du haut de ses centimètres qu’on n’ose compter. Vraiment, il possède ce que Goethe appelait la puissante déesse : la présence. Gamin, il rêvait de devenir le danseur de Michael Jackson et, ado, « le plus grand rappeur de l’histoire de l’humanité ». L’ambition enfantine a amené le jeune homme de 27 ans dans le paysage hip-hop lausannois, certes ce n’est pas (encore) la scène internationale mais c’est déjà pas mal. Sa première interview c’est celle-ci, je ne doute pas que d’autres suivront. 

 

“Les meilleures idées ne se cherchent pas, elles se trouvent »

L’état civil le connaît sous le nom de Pablo Michellod ; une fois sur scène, il troque le plus souvent son nom pour le pseudonyme d’Aladdin, avec deux “d” s’il vous plaît. S’il se nomme ainsi, c’est « parce que le génie n’est pas loin ». Une pointe de prétention à l’horizon ?  Disons que son écriture alerte et soignée n’est pas le résultat d’un coup de baguette, que dis-je de lampe !, magique. Le poète urbain est exigeant. Il prend son temps pour habiller ses couplets et tailler sur mesure son vocabulaire. Un côté perfectionniste en somme, qui se ressent à travers ses textes, mais également lorsque je dois le prendre en photo pour illustrer cet article. Même si la “photographe” a l’art de prendre des clichés à contre-jour, Aladdin, quant à lui, est fignoleur et ne se satisfait qu’au bout de la 27ème prise (oui, j’ai compté). Le mec soigne son image. Même si ce pseudo est celui qui colle le plus souvent à sa peau d’artiste, il faut préciser que parfois il adapte son nom scénique selon le contenu de ses slams, d’une part, « pour contrecarrer l’aspect ego trip d’un pseudo qui reviendrait tout le temps » et d’autre part, pour stimuler son inspiration. A ce niveau-là, aucun souci, ce slameur possède une imagination dont les rouages sont bien huilés et fonctionnent à merveille. 
Il baigne dans l’écriture dès son plus jeune âge, à croire qu’il est né avec une plume à la main. Même ses choix scolaires viennent l’attester : gymnase littéraire suivi d’études universitaires en lettres, où l’une des branches choisies fut bien évidemment le français. Aladdin n’a pas qu’usé ses futes sur les bancs d’école, les cours étaient l’occasion rêvée pour assembler des mots et en faire des histoires. Monsieur écrit encore et toujours, tous les jours, tous les styles et n’importe où. « Les meilleures idées ne se cherchent pas, elles se trouvent », lance-t-il. Apparemment, c’est dans la vie quotidienne qu’il les trouve : une tirade dans le bus, une nouvelle dans SON voyage en train, quelques phrases sur un calepin au coin d’une rue. Pfiou…Et bien quand est-ce que ce garçon s’arrêtera ? Le syndrome de la page blanche n’atteint pas ce Grand Corps Bien Portant à la créativité bouillonnante. D’ailleurs, d’après un scoop tout frais et vaguement lancé par notre interrogé, il ne faudra pas s’étonner si dans les étagères de Payot et cie, on découvre, prochainement, son premier livre. 

 
La slam mania lausannoise

En 2003, Aladdin assiste à la naissance de la première soirée slam lausannoise, importée par des Lyonnais dans le bar universitaire Satellite de l’EPFL. Il est séduit par le principe et participe donc une année plus tard à quelques scènes qui voient le jour à Lausanne. Mais les vrais premiers pas du slam se produisent après le lancement de l’album de Grand Corps Malade. Alors qu’auparavant les soirées n’étaient peuplées que d’une dizaine de personnes, une fois l’album Midi 20 dans les bacs, difficile pour Aladdin de monter sur scène avec ces “fouliens” venus en surnombre. 
Aujourd’hui, les curieux du début sont partis, les passionnés sont restés fidèles et devenus des habitués. Mais notre écrivain de Chailly voit encore évoluer et grandir cette forme de poésie contemporaine. Un autre café branché du centre-ville lausannois envisage de lancer quelques soirées avec pour slam-master… notre interviewé. Il s’en réjouit. En effet, si Lausanne est à ses yeux une ville très culturelle, il déplore la basse fréquence des slams, seulement une fois ou deux par mois maximum. Comme Aladdin l’a proclamé dans son texte “Slam mania”, le slam s’est popularisé, « les nouvelles religions : iPhone, iPod, iTunes et iSlam ». La démocratisation du slam est universelle au point que même si le correcteur d’orthographe windows refuse encore ce terme, le Larousse lui offre une place toute neuve dans ses pages. Merci donc à dame technologie, car si cette pratique oratoire est intégrée actuellement dans la culture et le quotidien, elle n’y est pas pour rien. Aladdin envoie mails et sms pour convier ses amis à claquer leurs mots et images, il inscrit sur son groupe facebook les dates des soirées à Lausanne et région et compte, « pour se faire des connexions », sympathiser avec myspace.

 
Le poète qui réconciliait le slam avec le rap

Le slam s’est fait populaire et tant mieux pour le rap ! Le premier, selon Aladdin, peut nous familiariser avec le second, voire nous le faire aimer, en nous poussant à le découvrir par d’autres moyens que celui d’MTV aux clichés hip-hopeux dégoulinants. Recruté depuis longtemps comme animateur d’ateliers rap pour enfants et ados, juge lors du dernier concours freestyle il y a quelques semaines à Lausanne, Aladdin n’est pas seulement slameur, il est aussi rappeur depuis l’âge de 16 ans. Cet artiste ne fait pas vraiment de distinguo entre ces deux styles. Il adapte ses textes de rap pour les faire a capella et inversement ceux de slams pour les poser sur des beats, sur un tapis musical. 
Fin février, ce slameur-rappeur, ou rappeur-slameur comme vous voulez, on ne va pas chipoter, a sorti un album dans lequel figurent quelques slams même si le CD est majoritairement rap. Après avoir mûri pendant sept ans (son côté tatillon en est sûrement pour quelque chose) le cru 2008 intitulé “Une page tournée sur mon passé” peut être dégusté par l’auditeur lambda. Aladdin n’est pas du genre à lever le poing ou à le frapper sur la table. Quand ses textes sont engagés ou enragés, il le fait de manière légère et pleine de dérision ; lorsqu’il parle de son vécu, il ne le fait que de façon distanciée, pudique. Finalement, il a l’intelligence de traiter des thèmes bateau comme l’amour, la mort etc. avec une ironie jamais déplacée. Il parle de tout, mélange les styles, c’est sa « vision expérimentale de l’art ». Les fonds musicaux, parfois trop envahissants, jouent peut-être au détriment des paroles. Car si Aladdin se dit avant tout rappeur, l’un des éléments qui fait plaisir dans son œuvre c’est bien sa diction claire et posée qu’on retrouve chez  Aladdin-slameur.  

 
Un flow métis contre le Röstigraben

 

Il marie deux styles musicaux et, de plus, il abat les clivages helvétiques. A entendre son discours, son atout principal : son métissage. Enfin, un métis made in Switzerland. Moitié-moitié, Welsh et “Suisse tot’” ! Il s’en revendique. Pour lui c’est un plus qui le différencie des autres artistes lausannois, voire suisses romands, du milieu. Il s’exprime donc en français et suisse allemand, mixe le tout dans certains de ces textes de rap et slame sur ses deux origines en faisant par moment des parties en français mais… avec l’accent d’Outre-Sarine. Si le slam permet de gonfler quelque peu l’ego, il permet aussi sûrement, en tant que vecteur d’échange et de partage, de faire tomber le Röstigraben. Pour l’instant, le championnat suisse de slam a toujours lieu en Suisse alémanique avec des artistes…alémaniques. Qui sait, peut-être que bientôt ce concours pourrait avoir lieu en Romandie avec des slameurs provenant de toutes les régions linguistiques du pays. Slam dirait bien…

 

Prochain rendez-vous avec Aladdin et ses vocalmarades le 29 octobre prochain au 2.21. Amis de la poésie, vous en êtes avertis. 

“Une page tournée sur mon passé”, 1001 Nuits Production, à commander à mcaladdin@bluewin.ch
Groupe Facebook: “Events Slam en Suisse Romande”

 

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Florence

2 Responses

  1. Safran
    | Répondre

    Merci pour cet article qui non seulement donne une idée plus fouillée de ce qu’est le slam mais en plus donne envie d’en savoir plus et d’aller à la rencontre de ces “buveurs de vers” qui partagent leurs mots de tête… 
    Beaucoup aimé ton style, quasi rythmé, aux excellents jeux de mots et expressions second degré, vivement ta prochaine publication!

  2. Aurélie
    | Répondre

    Je trouve que votre article résume bien le personnage charismatique qu’est Pablo Michellod, allias “AlaDDin”. Excellente idée de promouvoir ces soirées SLAM qui sont vraiment hors du temps, qui vous laisse le plaisir de déconnecter de votre quotidien pour se laisser accueillir dans le monde de ces talentueux slameurs. Parfois un spectacle digne d’un guichet fermé à Bersy excepté que la c’est ouvert à tous, sans condition ni prétention, que se soit pour le public ou pour les Artistes. En bref, merci beaucoup pour cet excellent article et si je peux transmettre un message: Venez nombreux découvrir Aladdin et bien d’autres et ne manquez pas d’acheter le premier album d’Alladin sous le lien qui figure sur cette page! Vous n’en serez pas déçu!

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