Accepter la différence culturelle : oui, mais jusqu’à quel point ?

Posté dans : Société | 2
Aujourd'hui, le respect de la différence culturelle est devenu un impératif. Tolérer des pratiques qui nous sont étrangères est devenu indispensable au sein d'une société de plus en plus métissée et multiculturelle. Néanmoins, quelles sont les limites à cette tolérance?

La tendance actuelle au sein de nos sociétés occidentales est indéniablement à la valorisation de la différence culturelle et du multiculturalisme. Etre 100 % suisse, parler avec un accent à couper à la scie sauteuse, revendiquer l’héritage laissé par les confédérés du Grütli et défendre l’unité de la nation suisse face aux polluantes influences étrangères est indéniablement devenu un comportement socialement obsolète.

Au lieu de cela, il est devenu indispensable de retrouver un lointain parent immigré pour donner une quelconque valeur à son arbre généalogique. Il faut absolument avoir goûté aux sushis, aux kebabs, aux falafels et aux naans. Il faut écouter de la « world music », arborer des tresses ou des rastas, acheter des saris dans les marchés traditionnels, manger avec des baguettes, aimer les publicités Benetton, boire du café au lait, adopter un bébé au Malawi et kiffer Whitney Toyloy.

En effet, dans la droite ligne du mouvement de revendication identitaire initié dans l’Amérique des années soixante, avec des figures emblématiques tels que Malcolm X ou des slogans tels que « Black is beautiful », il est aujourd’hui devenu de bon ton d’exprimer et de revendiquer son appartenance et sa particularité culturelles, linguistiques ou religieuses. Au premier rang des destinataires de ce message, évidemment, se trouvent les minorités nationales ainsi que les communautés issues de l’immigration.

Cette affirmation identitaire, au sein de l’espace public, n’est néanmoins pas sans poser problème. En effet, s’il est totalement concevable de s’accommoder de pratiques telles que le port d’habits traditionnels ou de respecter les interdits culinaires propres à certaines religions, d’autres us et coutumes religieuses et/ou culturelles peuvent s’avérer problématiques au vu de certaines de nos valeurs.

En France par exemple, l’affaire du voile a eu un écho retentissant. En Angleterre, l’on se pose légitimement la question de savoir s’il est juste ou non de dispenser les Sikhs de l’obligation de porter un casque, que ce soit à moto ou sur les chantiers de construction. Aux Etats-Unis d’aucuns contestent le droit des Mormons de retirer leurs enfants de l’école obligatoire deux ans avant l’âge réglementaire.

Plus largement se pose la question du respect de la différence culturelle. Jusqu’où peut-on pousser la tolérance vis-à-vis de pratiques qui nous sont étrangères, difficilement compréhensibles, et, pour certains, inacceptables.

Doit-on accepter que les témoins de Jehovah refusent les transfusions sanguines ? Doit-on accepter la souffrance d’un animal abattu de manière rituelle ? Peut-on permettre des pratiques d’ablation clitoridienne ? Doit-on empêcher que de pauvres femmes se fassent rituellement lapider par leurs famille et proches ?

Les défenseurs de la rhétorique multiculturelle affirment que l’Occident doit mettre un terme à son attitude condescendante et cesser de considérer ses valeurs comme des valeurs universelles. Selon eux, chaque culture devrait pouvoir librement se développer et se doter de valeurs qui lui sont propres, même si ces valeurs instituent des pratiques sociales foncièrement inégalitaires.

A contrario, certains affirment qu’il est nécessaire de mettre un terme à des coutumes qu’ils considèrent rétrogrades et barbares. Pour eux, les valeurs propres à nos sociétés occidentales contemporaines étant des valeurs porteuses de civilisation, il est nécessaire que celles-ci soient exportées et adoptées par les sociétés du reste du globe, et en particulier par les sociétés du Sud.

Au sujet du respect de la différence culturelle, chacun est amené, un jour ou l’autre, à devoir s’exprimer. Certains pourraient être tentés de le faire en brûlant des drapeaux, d’autres en laissant un commentaire sur le Lausanne Bondy Blog. Je ne peux que vous inviter à privilégier la deuxième alternative.

Francis

Francis

2 Responses

  1. Henry
    | Répondre

     Donc en fait, le LausanneBondyBlog parle plus du tout de Lausanne?

    Parceque c’est sympa les sujets “La vie, la société, qu’en est il à la croisée des chemins? Bilan et perspectives.” Mais bon. 

     

    • Glapsou
      | Répondre

       By the way Francis, merci d’écrire bien, ça se perd de nos jours…. moi je les aime bien tes articles, tous polémiques soient-ils

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.