1020 Renens représente!

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La ville de l’ouest accouche de nombreux talents, mais peine à les garder. Partis de rien, les rappeurs du collectif MXX sont de ces jeunes pour qui l’exode est le prix à payer pour y arriver. Portrait de ces enfants de Renens, entre talent, passion et coups de gueule.

Le 1020 Renens représente, jadis scandé, sprayé, affiché comme un code d’appartenance, n’a jamais été autant d’actualité. Pur produit Renanais, le collectif de rap MXX (pour 1020) fait parti de cette jeunesse qui bouge, qui « se sort les pouces du cul » comme ils disent.  Mais faute de locaux à Renens, c’est dans leurs nouveaux bureaux au Flon, à Lausanne, que je mesure leur réussite. Dernier étage d’un entrepôt, le fief d’MXX souligne ce succès naissant. Gros fauteuils en cuir, cabine d’enregistrement, plafond customisé avec des treillis paramilitaires, vue imprenable sur le MAD, ça le fait. On se croirait presque dans l’un des quartiers généraux des grosses stars du RAP US. Manque encore les dents en or et les nanas qui s’agitent au bord de la piscine. Ca ne saurait tarder.

Le collectif a de l’ambition et le montre. Tout commence en 1999, à Renens, « un délire de quartier, entre deux trois potes, sourit J-fase, 25 ans, membre du collectif MXX et producteur. » Les idées, la motivation, l’ambition, la jeune clique croît très vite. En 2000, ils construisent un studio. Trois ans plus tard, les jeunes rappeurs se constituent en une SARL et crée MXX productions. L’été dernier, il est à l’affiche des grands festivals Suisse. Une ascension fulgurante, qui ne tient son origine qu’à l’envie et à l’ambition : « Nous avons toujours voulu être indépendants que cela soit dans nos choix artistiques ou financiers. Nous n’avons jamais demandé de thunes à la commune pour nous aider. » C’est le prix de la liberté.

Renens, ce n’est pas la France

Très loin des clichés banlieues et des slogans revendicatifs du Rap Français, le collectif – aujourd’hui composé de neuf rappeurs et producteurs – assume ses racines proprettes. Ici, pas de voitures incendiées, ni de révoltes contre le système. On en vient presque à regretter l’agitation hexagonale. L’esprit revendicatif de la France, on l’envie comme on le renie. On aime ce joyeux bordel qui s’agite sous nos yeux, devant nos écrans de télévision, cet esprit gueulard, mais toujours avec ce « on ne veut pas de ça chez nous ». Bienvenue en Suisse ! On y est bien, on y vit bien. Mais ce n’est pas tout. La Suisse a de l’argent, la Suisse a des talents, et pourtant. Pour réussir, mieux vaut se démerder tout seul enfin presque.

La galère ici, elle est ailleurs. Dans le manque de moyens à mettre en place des espaces d’expressions pour cette jeunesse qui, elle, a aussi des choses à dire (lire encadré): « Pendant longtemps, on a eu une attache à Renens. Mais au niveau de la ville, il y a zéro infrastructure, regrette Maén, 28 ans, pillier du collectif et producteur. La Municipalité a fait son maximum pour nous aider, mais elle pourrait faire tellement plus. Si on est aujourd’hui à Lausanne, c’est qu’on ne nous a rien filé à Renens. » Dommage. Son succès, MXX ne le doit qu’à lui-même. Des mecs qui se donnent les moyens de leur ambition : « Nous on s’est ouvert, personne n’est venu nous chercher. Si tu ne te bouges pas le cul, t’arrives à rien. » Le voilà le message. MXX ne cache pas ses ambitions. Le collectif veut être gros, de quoi le conduire à lorgner du côté alémanique.

Renens, Lausanne et la Suisse Allemande

La Suisse Allemande, c’est là où ça se passe. Qui l’eut cru que la Dütsche Schwizz était le nouvel eldorado du rap suisse romand ? : « Parce que les alémaniques ont ce regard porté sur l’extérieur, réplique Maén. Là-bas, il y a plein de choses à faire. Y a un business. » Disque d’or outre-sarine, MXX lance en mars dernier la « What’s up mix tape » – une plateforme qui promeut tous les collectifs de rap. Une idée née de l’association entre plusieurs autres collectifs. Aujourd’hui à son troisième volume, la compil est en vente à la FNAC et dans la chaîne vestimentaire Métro Boutique. Je vous le donne en mille, les meilleures ventes ont été réalisées à St-Gall et Soleure. Le 14 novembre prochain, MXX sera au Romandie Hip-Hop awards à Lausanne. C’est sûr, l’équipe du Lausanne Bondy Blog sera présente pour prendre la température de ces jeunes qui en veulent.

Tout MXX: www.mxxproject.com; www.myspace.com/beatmasterteam; www.myspace.com/boysemp; www.myspace.com/femifoxviceanalyst

Clips vidéos: www.dailymotion.com/burning_ass; www.youtube.com/user/burningass

 Faute d’argent, Renens fait fuir ses talents

Comme beaucoup d’autres jeunes de la ville, c’est au Centre de rencontre et d’animation (CRA) de Renens qu’MXX a fait ses premières armes en 1994. Consciente du potentiel de sa jeunesse, la ville, par le biais du CRA, a mis sur pieds, en 2006, un studio d’enregistrement, le Crazik, à la disposition des artistes. En 2007, une quarantaine de groupes avaient bénéficié des prestations du Crazik – l’enregistrement de leur premier CD à moindre frais, soit 20 francs l’heure de location du studio au lieu de 400 à 500 francs. Une belle aventure qui s’est vite terminée. Début juillet 2007, la Municipalité de Renens n’a pas reconduit le crédit de 550’000 francs annuel alloué au studio. Depuis, les discussions n’ont pas avancé d’un poil. Pire, puisque le Centre de rencontre et d’animation est désormais en proie à d’autres démons : vols, incivilités de la part d’une petite minorité de personnes fréquentant la structure.

Du côté de la jeunesse Renanaise, on déplore toujours autant la fermeture du studio. Cette décision n’est pas qu’une affaire de sous, elle fait fuir ses artistes, qui migrent à Lausanne. La grande voisine n’est pourtant pas plus généreuse. La jeunesse de Renens, qui a tant à dire, se retrouve sans espaces d’expressions. Mais le message semble avoir été entendu. Depuis plusieurs mois, la ville entreprend des discussions pour réhabiliter l’ancien cinéma Corso, à la rue Neuve, pour en faire un espace culturel. Ce qui n’était qu’un projet il y a quelques mois, est aujourd’hui en bonne voie d’aboutir. Le préavis de la Municipalité est en cours et devrait être présenté, début 2009, devant le conseil communal de Renens. Reste encore à définir les missions de ce futur centre culturel : un théâtre pour enfants? Une scène musicale ? Dans les rues de Renens, les jeunes espèrent que ce projet puisse permettre le développement culturel de la ville : « Y’a trop de choses qui se passent ici, mais on doit tous bouger sur Lausanne pour les concrétiser, explique Cédric, Renanais de souche. » A quand la fin de l’exode ? Tous l’espèrent prochainement.

Mehdi

5 Responses

  1. thomas_pinto
    | Répondre

    big up  à MXX pour tout leur taff et c’qu’ils apportent et vont apporter au moove en Suisse ! c’est du gros gros travail ! bangaaaaa !
    peace

    • maén
      | Répondre

      oh yes….. 😉

      DISQUE D’OR EN SUISSE ALLEMANDE !!?!?!?!
      disons disque de ghetto doré pour le moment….

      Merci au bondyblog de nous avoir contacté !

      One luv.

      • Anonyme
        | Répondre

         sisi merci a mehdi pour l article!!!
        BRRRRA
        MXX
        J

  2. merinos
    | Répondre

    pourquoi nos amis ne font-ils pas bouger les choses au niveau politique?
    car en Suisse, on ne gueule pas, on vote…

    je pense que si les Français avaient les mêmes droits politiques que nous, il n’y aurait pas un cheni pareil en France…
    – un parlement* aux trois échelons du pouvoir (commune, canton et fédéral)
    – une représentation proportionnelle au législatif
    – l’exécutif est de type collégial –> fr.wikipedia.org/wiki/Coll%C3%A9gialit%C3%A9
    – droit d’initiative  –> fr.wikipedia.org/wiki/Initiative_populaire_(Suisse)
    – droit de référendum
    fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_obligatoire
    fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_facultatif

    *sauf les communes ayant la Landsgemeinde –>  fr.wikipedia.org/wiki/Landsgemeinde

    selon la Constituion fédérale, le peuple est le souverain…

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