Réveil, autour de 10:30 AM, premier check sur un côté du lit. Pas de présence chaude, pas de respiration régulière. Manifestement, la soirée a été terminée seul. Vague migraine, je tends le bras vers la table de nuit – j’aurais dû éviter quiconque dormait là, je ne laisse personne accéder à mon côté du pieu, [...]
Le Maupas sous la pluie. Sal, dans son jogging en coton trempé qui lui collait aux cuisses, arpentait les petites rues entre les immeubles, en profitant tant qu’il le pouvait des porches et des préaux pour préserver un semblant de confort. La grisaille ambiante était rendue plus sombre encore par l’eau qui, poussée par le [...]
La grille s’étalait sous les yeux d’Anne, fumant une Vogue Lilas sur le balcon de Millia. Elle prit une bouffée, la recracha, constata qu’elle n’avait pas suffi à la calmer, inspira profondément en laissant ses yeux se promener le long du port, en direction du Château, se perdant dans les passants en shorts et les [...]
Posé sur le sol, adossé à son lit, Max appuya sur start, inspira, serra d’une main sa manette et épousseta une miette de Zweifel de l’autre. Son compteur de combos était ridiculement élevé, et l’euphorie d’une victoire chèrement acquise le faisait grimacer de bonheur. Emilien dans le fond de la pièce farfouillait dans l’épouvantable fatras [...]
Sal, après son aventure avec la vieille Dame (dans sa tête il lui mettait une majuscule), avait fui la Riponne, le Centre, tout Lausanne ou presque. Il avait couru, couru pendant des heures et des heures, en cercle de plus en plus grands, vers le Nord, toujours plus au Nord, pour oublier la brûlure, pour [...]
Objectivement, elle n’avait jamais autant pris son pied. Le souvenir du dernier orgasme envahit Anne d’un vertige nauséeux, teinté malgré tout des lueurs d’une euphorie bien trop courte. La neige avait cessé d’un coup, et quelques bourrasques avaient suffi à dégager un ciel bleu pâle. Des enfants en écharpe chahutaient à l’avant du métro, un [...]
Emilien ouvrit pour la quinzième fois l’un des cartons étiquetés « Divers » qui jonchaient encore le sol de son deux pièces. Dedans : -Une collection de jeux vidéos (1996-2002) sur PC, injouables sur sa machine actuelle, tous emballés encore dans leurs boîtes d’origine. A l’époque, la bâtardisation du CD et du DVD couplée à la longue [...]
Les Chroniques de Lausanne 18 : Vidéos tirées du compte Youtube de la dénommée Amandarine (14 ans). Vidéo 1 – 6 décembre, 13:27 : Amandarine en force !!!!!!! Un appartement cossu du sud lausannois. On voit parfois, lorsque l’image cesse de trembler, le lac qui semble commencer juste sous les fenêtres. L’image vacille souvent, et un doigt [...]
En chiens de faïence, la vieille Dame et Sal se regardaient, baissant chacun leur tour la tête pour localiser sur la table leur tasse de café, ou le petit morceau de tarte aux pommes chaude qu’elle avait commandée pour lui, mais dans lequel, l’air de rien, elle prélevait allègrement. Elle ne lui avait posé aucune [...]
« Excusez-moi, vous auriez pas cinq francs pour aller à la Marmotte ? », Sal soupira. Il était bien clair, pour lui comme pour sa potentielle bienfaitrice qu’étant donnée l’heure matinale, il ne resterait, à l’heure de rejoindre ledit rongeur, qu’un mensonge de plus. Il avait fait son plus beau sourire à cette vieille dame [...]
Emilien soupira en rangeant le dernier dossier inintéressant ouvert sur son bureau. Il avait un bac, un bachelor, et un master, qu’il avait réussis respectivement moyennement, facilement, et brillamment, en vertu de la loi fort simple qui veut que l’on réussit mieux ce qui nous intéresse le plus. Après un stage nécessaire qui lui avait [...]
« Tu vois, ton problème à toi, Anne, c’est que tu sais très bien comment ça marche, mais que tu fais comme si ce n’était pas le cas. » Anne s’avachit un moment sur sa chaise. Il lui tardait depuis si longtemps de savoir ce qu’était son problème qu’elle ne pouvait plus attendre. Saskia était [...]
De l’extérieur, l’immeuble ne payait pas de mine : Un cube de béton gris, sur lequel avait un jour été étalée une peinture blanche dont on ne voyait guère plus que les coulures. Il avait dû être moderne – peut-être même rutilant – un jour, mais il donnait l’impression d’avoir appartenu à des gens très bien qui néanmoins portaient des pattes d’éléphant et essayaient de faire pousser leurs afros comme ils le pouvaient. Emilien s’imagina un instant l’odeur du fer à friser, avant de s’engouffrer dans le hall sombre de l’immeuble.
Rentré à Lausanne, ce dimanche après-midi d’hiver, avec ses deux nouveaux amis, Emilien huma l’air du centre, sur une petite place sympathique quoique rendue plus grise encore par l’humidité ambiante. « Pépinet », lui avait lâché Max, avant de souffler dans ses mains rougies par le froid. Quelques voitures, ça et là, troublaient les rues qu’il avait connues la veille bien plus animées. Samuel, fort docte, avec une voix chaude qui dépareillait fortement avec sa grande silhouette dégingandée, lui avait expliqué qu’ici, le dimanche, il n’y avait guère que le coeur qui battait.
« Alors comme ça, avait soudain interrompu Tante Agathe, fixant Emilien d’un regard perçant où se mêlaient bienveillance et moquerie, vous êtes de passage à Lausanne. » Ce n’était pas une question. C’était une description exacte de tout ce qu’elle avait jugé pertinent de retenir de lui pour l’instant, tout en paraissant être un moyen facile de feindre l’intérêt, tout en étant une manière fort subtile d’en montrer malgré tout. Parler avec la Tante Agathe, observa Max, c’était entrer dans un labyrinthe où chaque mot était un piège, où chaque intonation était une paroi semi-transparente, où chaque pause n’était qu’un répit avant qu’une trappe ne s’ouvre sous les pieds de l’interlocuteur, qui s’il n’avait pas le cœur bien accroché finirait au mieux par fuir, au pire par passer pour un imbécile.